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Plan B : Kouchner veut 'remettre ce Traité sur le métier'



Interviewé sur RTL ce lundi 9 juin, le ministre des Affaires Etrangères français Bernard Kouchner exhorte les irlandais à se prononcer en faveur du « oui » lors du référendum sur le Traité de Lisbonne qui se tiendra ce jeudi 12 juin. En cas de "non" irlandais, il annonce ce qui ressemble fort à un "plan B". Il faudra, explique-t-il "tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout."




Plan B : Kouchner veut 'remettre ce Traité sur le métier'

Vers de nouveaux opting out (dérogations) pour l'Irlande en cas de Non


 Là où d'autres ont mis les formes pour plaider en faveur d'une ratification du Traité de Lisbonne, M. Kouchner affiche un dogmatisme pour le moins de mauvais goût quand il affirme : « Nous faisons tout pour que le "non" disparaisse des esprits et que le "oui" l'emporte. Je crois que la première victime d'un "non" éventuel auquel je ne veux pas croire, ce serait les Irlandais ».

Le ton de Bernard Kouchner ne manque pas d'arrogance quand il évoque les fonds communautaires - en réalité ceux des autres Etats membres transitant  par Bruxelles -récoltés par l'Irlande : « Oui, ils en ont profité plus que les autres. (…) Ce serait quand même très, très, très gênant pour la pensée honnête qu'on ne puisse compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l'argent de l'Europe. »

Avait-on dit aux Irlandais qu'accepter les aides européennes les priverait de toute possibilité de ne pas être d'accord avec la politique de l'Union, avec la façon dont elle se construit et par-delà les priverait de tout droit démocratique lorsque l'Union est dans les parages, à commencer par celui de dire "non" ? La vision toute clientéliste de l'Europe par Bernard Kouchner fait grincer des dents dans le camp du "oui" irlandais, où l'on attendait tout, sauf du chantage aux fonds européens pour soutenir la difficile cause du traité de Lisbonne.

Mieux, le Ministre français des affaires étrangères révèle, en se retenant un peu quand même, que le "non" mettrait certes l'Union européenne dans une "difficile situation" mais que comme lors du premier "non" irlandais sur le traité de Nice, on remettrait l'ouvrage "sur le métier" et que c'est la solution que l' "on commence à envisager partout", autrement dit, la négociation de nouvelles dérogations (opting out) en faveur de l'Irlande.

Extrait :

Alain Duhamel (RTL) : Si un pays manquait à l'appel, les 26 pourraient-ils appliquer le Traité ? Ou le Traité serait-il définitivement loin ?

Bernard Kouchner : Théoriquement non. Théoriquement non. Je pense qu'il faudrait poursuivre en ce qui concerne la France puisque nous serons Président à partir du 1er juillet, il faudrait continuer, s'acharner, aller très vite, continuer sur les priorités que nous avons définies et puis tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout avec comme dirais-je, de l'espoir certainement c'est nécessaire, mais un peu d'incompréhension qui va se transformer en une gigantesque incompréhension. Ce n'est pas en étant seul qu'on arrivera à faire face ; et au contraire, vraiment les Irlandais se pénaliseraient. 

Aujourd'hui, Le Monde (10 juin) confirme :  "en cas de non, pour éviter une réaction en chaîne et ne pas interrompre le processus de ratification du traité par les autres pays - seuls quinze Etats membres ont déjà ratifié -, une solution serait de faire revoter les Irlandais sur de nouvelles bases, en leur concédant d'autres "opting out" (dérogations) sur les sujets qui leur sont sensibles. Le précédent de Nice nourrit l'espoir qu'un non pourrait à chaque fois être gratifié d'une prime des têtus."

Après la menace, la douceur, au pire le "non" irlandais provoquera une..."gigantesque incompréhension" comme le dit Bernard Koucnher, et l'on renégociera des concessions et garanties à l'Irlande. Preuve qu'en dehors de provoquer un immense, mais provisoire désarroi chez les élites décidément incomprises des peuples européens, ce "non" irlandais ne pourra qu'être fécond. En France, où le référendum en cas de transferts de souveraineté n'est pas constitutionnellement obligatoire, on avait pas eu cette chance.

Christophe Beaudouin
L'Observatoire de l'Europe après le Non

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