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Pierre-Marie Gallois, un itinéraire exemplaire



L'intérêt de la France est celui qui devrait commander tout le reste, animé de cette conscience aigüe que, dans un environnement international impitoyable, personne ne défendra nos intérêts à notre place. Ce qui est étonnant, ce n’est pas l’évolution du général Gallois, c’est que si peu en France aient fait leur cette ligne, qui aurait du être normalement celle de la plus grande partie des élites françaises.




Pierre-Marie Gallois, un itinéraire exemplaire

L'Hommage de Roland Hureaux


Le concert d’éloges qui accompagne légitimement  la mort du presque centenaire  général Pierre-Marie Gallois risque d’  occulter  la profonde originalité de son   parcours politique.

Bien que militaire de carrière, le général, en deuxième section depuis longtemps,  n’a pas en effet manqué d’occasions de s’exprimer sur la politique de la France et les grands problèmes internationaux au cours du dernier demi-siècle. Cet ancien membre des FFL, artisan de la bombe atomique française, était devenu    un  spécialiste reconnu de la géopolitique.

Qu’il ait été le  théoricien de la stratégie gaullienne de  dissuasion tout azimut  est bien connu. Mieux que personne, il sut exposer  la théorie de la dissuasion du faible au fort, fondement de la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle.

Les esprits convenus seront d’autant plus surpris de  voir ce gaulliste  en première ligne  de la campagne contre le surarmement  soviétique, au cours des années soixante-dix  : il dénonce magistralement en 1975 dans « La grande berne »  la manière dont les accords de désarmement SALT I   sont contournés par l’Union soviétique pour préparer la mise en tutelle de l’Europe occidentale en pointant sur elle des centaines de fusées de moyenne portée, les SS20.   Serait-il passé dans le camp des pro-américains , s’alignant même sur les  faucons ? Dans cette ultime phase de la guerre froide, le général Gallois a en tous les cas clairement choisi son camp :  celui de la liberté.

Il ne pouvait qu’accueillir avec faveur la chute du rideau de fer en 1990, aboutissement du combat de tous ceux  qui, des deux côtés de l’Atlantique,  ne se laissèrent jamais,  comme lui,  séduire par les mirages de la détente.

Mais alors, nouvelle surprise , à plus de 80 ans,  le général semble à nouveau changer de camp :  hostile à la première guerre du Golfe et bien entendu à la seconde, il s’engage avec résolution contre la guerre faite par  l’OTAN à la  Yougoslavie en 1999, avec  la participation de la France  . De plus en plus inquiet des dérives  de l’hyper-puissance américaine et  d’une politique européenne supranationale  inféodée, méfiant aussi des nouvelles ambitions hégémoniques de l’Allemagne sur le continent , évidemment hostile à la réintégration de l’OTAN,  il prône le rapprochement avec la Russie.

Gaulliste,  le général Gallois s’est ainsi retrouvé dans  les années soixante-dix,  avec les  libéraux atlantistes, qui, pour la plupart,   le sont  restés depuis, passant, sous l’effet de la vitesse acquise et en conformité avec la ligne du département d’Etat de l’hostilité au communisme à l’hostilité à  la Russie . Vingt ans après, il côtoie au contraire des antiaméricains de toujours qui avaient, à la gauche du gaullisme ou   du parti socialiste,  fait preuve de complaisances équivoques pour le totalitarisme . 

Là où les esprits superficiels ne verront que palinodies et inconséquence, le général Gallois n’a en vérité suivi qu’une seule ligne, la plus droite qui soit : l’intérêt de la France. Un intérêt qui varie, comme nous l’apprend l’histoire,  qu’il connaissait si bien,  selon les temps et les circonstances et qui commande de savoir repérer à chaque moment où se trouve le danger principal.

Nulle étroitesse « maurassienne » dans ce parti, mais au contraire, chez quelqu’un qui avait travaillé plusieurs années au SHAPE, une conscience aigue que, dans un environnement international impitoyable, personne ne défendra nos intérêts à notre place. 

Ce qui, à vrai dire, est étonnant, ce n’est pas l’évolution du général Gallois, c’est que si peu en France , aient fait leur cette  ligne, qui aurait du être normalement  celle de la plus grande partie des élites françaises. Seule à notre  connaissance, Marie-France Garaud,  sa compagne en lucidité,   a suivi  le même  itinéraire.   

Pourquoi  un tel isolement ? D’abord parce les grands esprits comme lui sont rares : la plupart,    qui semblent à un moment donné fonder leur engagement  en raison  sont en réalité  victimes de la routine intellectuelle, du parti pris,  de l’idéologie ( qui est avec la corruption le pire  ennemi de l’intérêt national). Ensuite parce  qu’il était un homme libre : l’intégrité intellectuelle  est inséparable de  l’intégrité morale.  Dans notre pays, il y avait    le parti espagnol  et le parti anglais ; il y a eu , plus récemment, celui de Londres  et celui de Berlin, celui de Washington et celui   de Moscou.    Entre les deux, il y a, il devrait y avoir en tous cas  le parti de la France. Rendant  l’âme à Dieu à un moment où on peut se demander si ce parti  existe encore, le général Gallois nous en rappelle l’éminente  dignité.

Roland HUREAUX
Essayiste

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