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Philippe de Villiers tire son épingle du non


«Le non à cette Constitution est multicolore. Il n'y a donc aucune gêne de voisinage. La campagne sera un camaïeu. Chacun ira sous ses propres couleurs», constate Philippe de Villiers. Un aperçu de ce «camaïeu» a été présenté le 2 février dans un amphithéâtre de la Sorbonne: Jean-Pierre Chevènement, le député UMP Nicolas Dupont-Aignan et le député PCF Maxime Gremetz ont pris la parole, avec la bénédiction des villiéristes. «Chacun son sillon, explique Nicolas Dupont-Aignan, président du club Debout la République. Villiers laboure le sien et moi le mien pour tenter de forger un non gaulliste au sein de l'UMP. La leçon de Maastricht prouve qu'il n'est pas forcément judicieux de chercher la fusion.» Article publié par Libération, le 25 février 2005.




Philippe de Villiers tire son épingle du non

A droite, il apparaît comme le leader du cartel hétéroclite opposé au traité européen.


Une nouvelle fois, les élections européennes font sortir de son bocage le président du conseil général de la Vendée. Philippe de Villiers, champion du non, est sur tous les fronts. Et s'arrange toujours pour être le premier à se faire entendre. Quand l'Espagne dit oui, il s'empresse d'ironiser sur ce «oui optique» plombé par 60% d'abstention. Cette «petite victoire» ne pourra, assure-t-il, «effacer d'un coup les véritables inquiétudes des Français». Le président du Mouvement pour la France (MPF) envisage même sérieusement de gager une partie du financement de sa campagne sur ses biens personnels. Il parle d'hypothéquer sa maison. Le reste devrait faire l'objet d'une souscription nationale afin de réunir 600.000 euros.

Car, cette fois, l'eurodéputé vendéen croit à la victoire. A la tête d'un cartel hétéroclite où se retrouvent pêle-mêle des élus UMP en rupture de parti, des chevènementistes en déshérence, des souverainistes esseulés et des dinosaures du gaullisme, il apparaît, à droite, comme le porte-drapeau du non.

En effet, Charles Pasqua est hors-jeu; le FN et son leader, Jean-Marie Le Pen, brillent par leur absence. «Par élimination, il se retrouve comme le personnage central de la campagne du non. Il n'y a pas de figure émergente à gauche depuis que Fabius a loupé son coup», juge Paul-Marie Coûteaux qui siège aux côtés de Philippe de Villiers au Parlement européen. Même si, selon un récent sondage CSA publié pour Profession politique, c'est Jean-Marie Le Pen qui incarne le mieux le non à droite pour 21% des personnes interrogées, loin devant de Villiers avec seulement 14% (1).

«Camaïeu».

«Le non à cette Constitution est multicolore. Il n'y a donc aucune gêne de voisinage. La campagne sera un camaïeu. Chacun ira sous ses propres couleurs», constate Philippe de Villiers. Un aperçu de ce «camaïeu» a été présenté le 2 février dans un amphithéâtre de la Sorbonne: Jean-Pierre Chevènement, le député UMP Nicolas Dupont-Aignan et le député PCF Maxime Gremetz ont pris la parole, avec la bénédiction des villiéristes. «Chacun son sillon, explique Nicolas Dupont-Aignan, président du club Debout la République. Villiers laboure le sien et moi le mien pour tenter de forger un non gaulliste au sein de l'UMP. La leçon de Maastricht prouve qu'il n'est pas forcément judicieux de chercher la fusion.»

Le député appartient également au Collectif pour une confédération des Etats d'Europe - Non 2005, parrainé par Pierre Messmer, ex-Premier ministre, et Jean Matteoli, ex-président du Conseil économique et social. Ce collectif compte une soixantaine d'antennes départementales. Son site (www.observatoiredeleurope.com) s'ouvre sur une longue intervention de Philippe de Villiers. «Il existe aujourd'hui de fait une fédération des partisans du non sans que ceux qui y participent donnent l'impression d'avoir été enrôlés», confie Bruno Retailleau, sénateur MPF (Vendée) très proche de Villiers. Une coordination nationale du non devrait voir le jour dès que la campagne aura vraiment commencé.

Le président du MPF reconnaît profiter, pour le moment, de la confusion des enjeux: «A gauche, des tenants du oui qui ne veulent pas donner l'impression de faire voter une nouvelle fois Chirac. A droite, ils n'osent pas trop appuyer, de peur d'effaroucher les électeurs de gauche favorables à l'Europe.»

Sans vergogne.

Philippe de Villiers, lui, ne se prive pas d'appuyer partout où ça fait mal: il dénonce le voyage en Turquie du président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, alerte le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel sur le fait que 84,5% de temps de parole sur la Constitution est favorable au oui, écrit aux présidents du Conseil constitutionnel et de la Cour des comptes, ainsi qu'au Premier ministre pour dénoncer l'organisation à Lyon, le 24 février, d'un forum sur la Constitution qu'il qualifie de «détournement de fonds publics». En combattant la directive Bolkestein «qui met à bas un siècle et demi de conquêtes sociales», il lorgne sans vergogne du côté des couches populaires et de ces «électeurs de gauche qui ont envie d'en découdre avec ce gouvernement». Et, jeudi, il a appelé les militants UMP à rejoindre ses «comités du non».

Pour le moment, les responsables du parti de Sarkozy laissent les élus «s'ébrouer avec Villiers». Ils devraient les rappeler à l'ordre le 6 mars, date du prochain conseil national. Mais, à l'UMP, certains ne sont pas fâchés de voir le président du MPF accueillir une partie de l'électorat hostile à la Constitution et à la Turquie. De sorte qu'en toute hypothèse, Jacques Chirac ne sortira pas renforcé du prochain référendum.


(1) Sondage CSA réalisé le 16 février auprès de 900 personnes selon la méthode des quotas.


http://www.liberation.fr/page.php?Article=278264

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