L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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'Par delà la grande diversité des expressions politiques, il y a une pépite qui nous appartient à tous'


Le 9 juin, Philippe de Villiers était l'un des invités de "100 minutes pour comprendre" sur France 2, sur le thème "Les Français ont dit NON, et maintenant quelles perspectives ?". Le Président du Mouvement pour la France a répondu aux questions d'Olivier Mazerolles et Alain Duhamel, avant d'entamer un débat très constructif avec un député espagnol Jorge Moragas, ressorti du plateau presque... convaincu qu'il était temps de changer d'Europe. Plusieurs questions de bon sens y ont été soulevées, telles que : "Les partis traditionnels ont-ils des réponses à donner aux Français ?", "Le rêve européen est-il mort ?, "Peut-on à gauche réconcilier ceux qui acceptent le capitalisme et ceux qui le rejettent ?", "Le gouvernement doit-il mener une politique plus libérale ?", "Faut-il dire non plus souvent à Bruxelles ?"




'Par delà la grande diversité des expressions politiques, il y a une pépite qui nous appartient à tous'

Extrait du script (réalisé par TNS Secodip pour France 2) de


VOIR ICI L'EXTRAIT VIDEO DE L'EMISSION


Olivier MAZEROLLE
Monsieur de VILLIERS maintenant, c'est à vous. Bonsoir, Monsieur de VILLIERS. Alors vous aussi, vous avez fait voter “ non ” pas pour les mêmes raisons que madame BUFFET. Et d'ailleurs, asseyez-vous, je vous en prie, on vous a beaucoup, vous avez mené une campagne très active, on vous a beaucoup vu et entendu au cours de cette campagne et notamment ici là, au Palais des Sports à Paris, c'était huit jours avant le vote. Un meeting peut-être le plus important d'ailleurs de toute la campagne par le nombre de participants. Parce qu'il est vrai qu'il y avait vraiment beaucoup de monde, ce jour-là à Paris. On vous entend.
(…) Extrait du meeting de Philippe de VILLIERS au Palais des Congrès
Olivier MAZEROLLE
Alors vous faites rires sur les hommes politiques, mais vous êtes bien un homme politique vous-même ? Et vous, ils vont vous croire quand vous parlez ? Il ne faut pas écouter les autres, mais il faut vous croire vous ?
Philippe de VILLIERS
Je parlais des hommes politiques du “ oui. ”
Olivier MAZEROLLE
Parce que ce n'est pas la même trempe que vous ?
Philippe de VILLIERS
Non, je disais : quand les hommes politiques du “ oui ” expliquent que ça va être séisme si le “ non ” l'emporte. Vous, vous souvenez de ça, cataclysme…
Olivier MAZEROLLE
Oui, oui.
Philippe de VILLIERS
Les Jeux Olympiques n'auront pas lieu etc. etc. il y aura une pluie de sauterelles qui s'abattra sur Paris.
Olivier MAZEROLLE
Non, vous dites “ quand on entend un homme politique, il faut… ”
Philippe de VILLIERS
Bah ! oui, parce que c'est eux qui disaient, si le “ oui ” l'emporte, si le “ non ” l'emporte ça va être un séisme. Bon, le “ non ” l'a emporté et vous avez vu, qu'il n'y a pas de séisme, c'est même pire que ça, ils n'ont rien entendu et rien écouté.
Olivier MAZEROLLE
Alors attendez, on va y venir bien sûr, mais j'ai une question quand même à vous posez, parce que là dans le passage que nous avons diffusé, vous moquez les anciens du “ oui naphtaline ” qui sortent des placards etc. Alors je vous propose d'écouter un échantillon de déclarations de l'un de ces anciens ou plutôt de l'une de ces anciens.
(…) Déclaration de Simone VEIL
Olivier MAZEROLLE
“ Se réconcilier avec les bourreaux ” ça ne vaut pas la peine quand même que les anciens sortent des placards de temps en temps ?
Philippe de VILLIERS
Je comprends très bien ce que dit Simone VEIL, d'autant mieux que je suis moi-même le fils d'un soldat de la résistance qui a été torturé dans un camp de représailles, après quatre évasions. Et je ne crois pas qu'il faille aujourd'hui confondre les époques. L'Europe a été faite, Olivier MAZEROLLE, à l'époque Robert SCHUMAN disait “ Pour emmailloter l'Allemagne et pour contenir l'Union soviétique ” donc pour assurer la paix. C'est fait. Maintenant les deux défis qui sont devant nous, ne sont plus les mêmes pour assurer la paix. Le premier défi, c'est comment réussir la réunification du continent ? Sans déborder du continent. Est-ce qu'on le fait de manière fédérale ou de confédérale ? Et deuxième défi, comment on se sert de l'Europe comme contrepoids, comme écran de protection à la mondialisation sauvage ? Alors je trouve que l'utilisation, l'instrumentalisation, le détournement de la souffrance pour empêcher les peuples de se rendre compte de ce qu'ils souffrent aujourd'hui, je trouve que ce n'est pas une bonne méthode. Surtout quand on est membre du Conseil constitutionnel…
Olivier MAZEROLLE
Je ne pense pas que madame VEIL ait voulu instrumentaliser, il y a une souffrance quand même ?
Philippe de VILLIERS
Non, mais enfin, je veux dire, oui mais je veux dire aujourd'hui…
Olivier MAZEROLLE
Elle parle de ce qu'elle a vécu, de son expérience…
Philippe de VILLIERS
Aujourd'hui, on voit bien le siècle dont on est sorti, le siècle dont on est sorti, la peste brune et la peste rouge, c'était des empires. Et qu'est-ce qu'un empire ? Un empire c'est le vol d'une nation. C'est quand une nation cherche à sortir de chez elle, comme la propriété c'est le contraire du vol. Et ce n'est pas parce que le cancer existe qu'il faut suspecter l'idée de santé. Ce n'est pas parce que des empires qu'il faut suspecter l'idée de patrie, l'idée de nation. On a vu que le “ non ” finalement du 29 mai, il est profondément pacifique, le “ non ” qui est venu des profondeurs du pays, c'est deux choses, Olivier MAZEROLLE. Première chose, une demande de respect des démocraties nationales, très important. Est-ce qu'on en tient compte ? Et deuxième chose, une demande de protection des frontières, pour les uns géographiques et culturelles, pour les autres économiques et sociales. Voilà l'unité profonde du “ non ” et ça c'est un message, si vous voulez fondateur.
Olivier MAZEROLLE
Arnaud BOUTET qui a suivi votre campagne pour le compte de FRANCE 2, du service politique, a des questions à vous poser.
Arnaud BOUTET, service politique de FRANCE 2
Ma question, la première, est toute simple. Pensez-vous que le nouveau gouvernement devait inclure des ministres qui ont fait campagne pour le “ non ” ?
Philippe de VILLIERS
Ce n'est pas la question.
Arnaud BOUTET
Pourquoi pas !
Philippe de VILLIERS
Si vous voulez, à la suite de la victoire du “ non ” Jacques CHIRAC aurait dû constater, je vais répondre très précisément à votre question, mais je veux dire, votre question n'est pas une question d'épicerie et de cuisine, c'est beaucoup plus profond que ça. Donc j'y réponds profondément. La grande manifestation du “ non ” français d'abord, néerlandais ensuite, c'est deux choses, chez nous comme chez eux et peut-être ailleurs. Un grand décrochage et un grand décalage. Un grand décrochage du peuple français par rapport à l'Union européenne telle qu'elle fonctionne. C'est-à-dire que c'est un texte qui a été rejeté et une pratique, l'Europe du mépris. Et deuxièmement, le grand décalage, entre le peuple et les élites. Disons les oligarchies de tous les pouvoirs désavoués à la mesure de leur engagement et de leur moyen. Et donc face à ce grand décrochage et à ce grand décalage, Jacques CHIRAC aurait dû comprendre, qu'il n'avait qu'une solution, celle qu'a choisi le Premier ministre des Pays-Bas, qui est allé le lendemain matin, le 2 juin, le lendemain du référendum aux Pays-Bas après la victoire du “ non ” dire à la Chambre des Députés, premièrement la constitution est morte, puisque vous n'en avez pas voulu. La constitution européenne est morte et deuxièmement, il faut pour demain une charte fondatrice qui jette les bases d'une autre Europe. Voilà ce que n'a pas fait Jacques CHIRAC.
Arnaud BOUTET
Ca n'a pas été le cas. Comment vous, entendez-vous faire entendre votre “ non ” pour les années qui viennent ?
Philippe de VILLIERS
Bah !
Arnaud BOUTET
Puisque vous refusez, vous auriez refusé, s'il vous avait proposé de rentrer dans un gouvernement avec des gens par exemple qui avaient appelé à voter “ non ” ?
Philippe de VILLIERS
Non. Mais Jacques CHIRAC aurait pu très bien…
Arnaud BOUTET
Comment est-ce que vous voulez faire entendre votre différence ?
Philippe de VILLIERS
Jacques CHIRAC aurait pu très bien dire dans ses déclarations du dimanche soir…
Arnaud BOUTET
Il ne l'a pas fait.
Philippe de VILLIERS
Mais il aurait pu dire, “ écoutez la situation est très grave, trois conclusions immédiates…
Olivier MAZEROLLE
Oui mais Arnaud BOUTET vous dit “ il ne l'a pas fait. ” Alors qu'est-ce que vous faites ?
Arnaud BOUTET
Qu'est-ce que vous proposez de faire, comment vous voulez vous faire entendre aujourd'hui ?
Philippe de VILLIERS
Non, mais attendez, c'est important ce que je vais ajouter, parce que ça entre dans ce que moi, je vais proposer.
Arnaud BOUTET
D'accord.
Philippe de VILLIERS
Il aurait pu dire “ écoutez, bon, j'ai compris, on arrête, moi, ma position était absurde sur l'entrée de la Turquie. ” C'est monsieur CHIRAC qui parle, ce n'est pas moi. “ Donc terminé, je demande demain à Bruxelles, d'arrêter les frais. Deuxièmement, il faut arrêter le processus de négociation et troisièmement, j'ai cru comprendre dans le message des Français qu'il y avait trois idées simples pour l'Europe de demain. Une Europe respectueuse des démocraties nationales, une Europe profondément européenne donc sans la Turquie et enfin une Europe protectrice. ” Or, il ne l'a pas fait. Alors s'il avait fait un gouvernement de salut national, un gouvernement d'unité, en laissant le soin à des tenants du “ non ” comme moi…
Olivier MAZEROLLE
Comme vous-même.
Philippe de VILLIERS
De faire une autre politique, alors les choses eussent été différentes. Parce que quand on est homme politique, on est, comment dirais-je programmé pour exercer le pouvoir, à condition, à condition de rester digne, c'est-à-dire d'y aller avec ses idées. Et moi, je dis faire confiance au “ oui ” pour trahir la confiance du “ non ”, quand on a été un leader et qu'il y a 15 millions de Français qui ont voté “ non. ” Il faut rester digne dans la décence. Moi, je n'ai pas fait tout ça pour terminer avec un plat de lentilles.
Arnaud BOUTET
Mais vous auriez accepté donc ?
Philippe de VILLIERS
Non, je n'aurais accepté cette responsabilité que si j'avais eu…
Arnaud BOUTET
Aux conditions….
Philippe de VILLIERS
La certitude, la certitude et la preuve qu'il y aurait un changement de politique majeure, c'est-à-dire une vraie rupture par rapport à la politique…
Arnaud BOUTET
On a compris. Vous êtes à la tête d'un parti qui est le Mouvement Pour la France, le MPF. En 94, vous avez rencontré un certain succès aux élections européennes, en 99 également et à chaque fois, vous avez ambitionné de créer un grand parti politique et à chaque fois ce fut un échec. Pourquoi aujourd'hui, pensez-vous que vous pourriez réussir là où jadis vous avez échoué ?
Philippe de VILLIERS
Parce que les circonstances sont différentes. Vous dites à chaque fois, il y a eu deux fois.
Arnaud BOUTET
C'est pas mal déjà !
Philippe de VILLIERS
Oui.
Olivier MAZEROLLE
Jamais deux sans trois, dit le dicton.
Philippe de VILLIERS
Jamais deux sans trois, oui. Oui, mais vous savez, il est arrivé souvent dans l'histoire Olivier MAZEROLLE, que la patience soit la mère de grandes victoires. Et d'ailleurs je vais vous dire quelque chose, les victoires idéologiques, je dis ça aussi à Alain DUHAMEL, précèdent toujours les victoires politiques. Et là, il y a eu une grande victoire idéologique. C'est l'idée que les peuples veulent recouvrer leur liberté pour ce qui concerne leurs options fondamentales, leurs choix fondamentaux. Alors le Mouvement Pour la France, va maintenant prendre son envol, si j'en juge par le nombre d'adhésion que nous recevons tous les jours avec deux idées simples : la première c'est la force de conviction, nous ne sommes pas un mouvement de la course aux places. Je le prouve moi-même par les plans de carrières. Il y en a d'autres pour ça, qui sont organisés pour ça. Et deuxièmement la force du “ non ”, moi, jusqu'au 29 mai, je m'étais donné pour mission, faire gagner le “ non. ” Et depuis le 29 mai, je me suis donné pour mission avec le Mouvement Pour la France, Mouvement Pour la France, faire respecter la victoire du “ non. ”
Arnaud BOUTET
Pour cela il faut un grand parti politique. Vers quelle direction allez-vous tendre la main ? Est-ce que c'est vers l'UMP ? Est-ce que c'est vers d'autres partis ? On pense au Front national. Vers qui allez-vous, vous adresser pour essayer justement d'attirer des élections qui sont un petit peu en mal de repères en ce moment ?
Philippe de VILLIERS
Il y a eu quelque chose de formidable pendant cette campagne, c'est qu'on a oublié les appareils. C'était un débat d'idées pour le “ oui ” pour le “ non. ” Débat d'une certaine hauteur et donc en fait les porte-parole étaient sans grande importance, par rapport au peuple français. Il y a 15 millions de Français qui ont voté “ non ” 7 millions qui n'avaient pas de sensibilité de gauche, 8 millions qui avaient une sensibilité plutôt à gauche. Moi, j'ai été très surpris, vous avez montré les images du meeting de Paris, de voir des gens qui venaient de partout. Et vous voyez hier, j'étais au Parlement européen, je me suis un peu promené dans la rue, j'ai parlé avec des gens…
Olivier MAZEROLLE
D'accord, vous êtes dans la ligne droite…
Philippe de VILLIERS
Et donc…
Olivier MAZEROLLE
Attendez, Arnaud BOUTET vous pose…
Philippe de VILLIERS
Et donc, si vous voulez, moi je ne fais pas marketing. Je ne fais pas de marketing, je m'adresse à tous les Français.
Olivier MAZEROLLE
Dernière question.
Philippe de VILLIERS
Qui ont voté “ non ” et qui veulent que leur “ non ” soit respecté, ce qui aujourd'hui, à l'heure qu'il est, n'est pas encore le cas, voilà. Donc pas de marketing, pas de…
Arnaud BOUTET
Justement ces gens-là qui vous écoutent, qui sont peut-être intéressés par vos positions pour les années à venir. Il y a une chose qui m'a surpris pendant la campagne, c'est que vous avez en effet, avancé un certain nombre de thèmes qui étaient cher pendant cette campagne, il y avait la Turquie, il y avait l'immigration, les délocalisations, la souveraineté nationale, on s'est aperçu qu'un autre homme, Jean-Marie LE PEN, avançait également les mêmes thèmes. Aujourd'hui, comment pouvez-vous différencier votre programme à celui de Jean-Marie LE PEN, pour les années qui viennent ?
Philippe de VILLIERS
Vous rigolez ou quoi ?
Arnaud BOUTET
Comment est-ce que les électeurs qui peut-être sont attirés par un programme ou par un autre, comment peuvent-ils vous différencier ? Quel choix vont-ils faire ?
Philippe de VILLIERS
C'est curieux, parce que je crois, je ne sais plus si c'est ici ou sur un autre plateau, quand j'ai parlé de la Turquie, un journaliste, peut-être vous, m'a dit “ Ah ! Vous parlez comme FABIUS ”
Arnaud BOUTET
Ce n'est pas moi.
Philippe de VILLIERS
Et puis après…
Olivier MAZEROLLE
Mais ce n'est pas lui visiblement. Lui, il vous parle de Jean-Marie LE PEN.
Arnaud BOUTET
Une question toute simple.
Philippe de VILLIERS
Et puis après quelques semaines après, quand j'ai lancé le débat sur la directive BOLKESTEIN, le même jour qu'EMMANUELLI, on m'a dit “ Ah ! Vous parlez comme EMMANUELLI. ”
Olivier MAZEROLLE
La question est simple, qu'est-ce qui vous différencie du Front national ?
Philippe de VILLIERS
Et donc attendez, moi, je vais vous dire, je m'adresse au peuple français. Je ne fais pas de marketing, je ne cherche pas à…
Olivier MAZEROLLE
Non, mais qu'est-ce qui vous différencie Monsieur… le marketing vous l'avez déjà dit tout à l'heure…
Philippe de VILLIERS
Je ne rentre pas dans cette combine, dans ce piège.
Olivier MAZEROLLE
Pourquoi ? Pourquoi c'est un piège ?
Philippe de VILLIERS
Non, parce que si vous voulez, je vais vous dire ce que je pense moi. Ce que j'ai dit pendant des semaines et des semaines. Donc ce soir tout à coup, vous dites ça y est, il faut qu'on lui colle une…
Olivier MAZEROLLE
Mais ça ne vous gêne pas que parfois on dise, tiens…Qu'est-ce qui vous différencie ?
Philippe de VILLIERS
Mais vous savez très bien, Olivier MAZEROLLE, vous savez quand vous êtes venu le 21 mai à mon meeting, vous avez été vous-même surpris par une chose, c'est que la presse a été applaudie.
Olivier MAZEROLLE
Oui, vous avez fait applaudir la presse.
Philippe de VILLIERS
Et après il y a des gens qui ont dit, “ ça, vous voyez, c'est la droite classique etc. etc. ” sur les 7 millions de Français qui ont voté “ non ” au référendum, il y a beaucoup de gens sans appartenance partisane. Il y a toutes sortes de sensibilités. Et sur les 8 millions de Français qui ont voté “ non ” au référendum, beaucoup ne reviendront pas au bercail. Il y a quelque chose qui est en train de se passer en ce moment et qui dépasse de beaucoup la personnalité de LE PEN, la personnalité de FABIUS, la personnalité d'EMMANUELLI et de tous ceux qui ont fait voter “ non. ” Donc moi, je n'entre pas dans le jeu d'alvéoles et d'étiquettes, je m'adresse à tous les Français et puis les gens, ils écoutent. Ils écoutent, ils écoutent la musique, ils écoutent le son, ils écoutent la voix, ils écoutent le fonds.
Olivier MAZEROLLE
D'accord. Merci Arnaud.
Philippe de VILLIERS
Et puis après ils font leur différence.
Olivier MAZEROLLE
Attendez, on a d'autres questions à vous poser, merci Arnaud BOUTET. Question d'Albrecht MEIER.
Albrecht MEIER
Est-ce que je vous résume bien, en disant votre message c'est “ 60 ans après la guerre, on a en fait plus besoin de l'Union européenne ” c'est ce que vous dites ?
Philippe de VILLIERS
Non. Non. Je pense que la charte fondatrice dont on a parlé le Premier ministre des Pays-Bas, dont a parlé Vaclav KLAUS, le président de la République Tchèque et dont je souhaiterais vous parler, pour vous répondre. Elle repose sur des principes qui concilient, qui doivent concilier le respect des démocraties nationales et la coopération libre au sein de l'Europe. Je pense que si l'on n'arrivait pas à concilier le respect des démocraties nationales et l'avenir de l'Europe, alors ce conflit serait très grave et pour les peuples et pour les Etats et pour l'avenir de l'Europe. La charte fondatrice, elle doit reposer sur trois principes. On parle de construction européenne, si vous me permettez d'utiliser la métaphore…
Olivier MAZEROLLE
Vite, vite, parce que…
Philippe de VILLIERS
C'est très rapide. Pour qu'il y ait une construction, il faut qu'il y ait des fondations, il faut qu'il y ait un périmètre, voilà. Sans la Turquie, voilà. Si on veut construire l'Europe, européenne de demain, il y a un moment donné, il faut fixer les limites. Alors on nous dit le 3 octobre prochain, va commencer la négociation avec l'entrée de la Turquie. Ca veut dire qu'ils n'ont rien entendu ? Les dirigeants qui vont se réunir là, bientôt, ils n'ont rien entendu, ils n'ont rien compris. Ils vont continuer comme avant ! Deuxièmement, après les fondations, il y a les murs, alors est-ce que l'on continue avec cette architecture technocratique qui a été rejetée déjà par deux peuples ? Deux peuples qui ne veulent pas, qui n'accepteront jamais, que le quotidien de 450 millions d'habitants soit géré efficacement, soi-disant, par des commissaires qui sont irresponsables et incontrôlables. Donc une architecture respectueuse des démocraties nationales, si par exemple on veut nous, la France, rétablir les contrôles fixes pour faire face aux 700 000 immigrants clandestins régularisés par monsieur ZAPATERO, il faut pouvoir le faire. Si on veut baisser la TVA, chez nous, sans avoir l'obligation d'en référer à Bruxelles, il faut pouvoir le faire. Troisièmement, le toit, pour qu'il y ait une maison, il faut des fondations, il faut des murs et un toit. Un toit protecteur et tout le problème de l'Europe aujourd'hui, vous parlez de 60 ans, le principe clé du Traité de Rome, 25 mars 57, c'était la préférence communautaire, c'est-à-dire c'était la coopération des Etats, excellent principe, plutôt que l'intégration et la préférence communautaire, c'est-à-dire l'idée d'une communauté de producteurs et de consommateurs. Regardez, ce qui est en train de se passer aujourd'hui avec la chaussure….
Olivier MAZEROLLE
Attendez Monsieur de VILLIERS, là il faut qu'on avance, parce que…
Philippe de VILLIERS
Juste là, je donne l'exemple de la chaussure. Et qu'ont fait les Etats-Unis, grand pays, vraie puissance ? lls ont rétabli les quotas sur le textile, que fait l'Union européenne ? Rien. C'est-à-dire qu'elle abandonne toutes nos entreprises à la délocalisation.
Olivier MAZEROLLE
Alors Monsieur de VILLIERS, vous avez un interlocuteur espagnol, qui arrive maintenant, il vient de Barcelone et il est député de Barcelone, Monsieur MORAGAS, si vous voulez bien entrer. Jorge MORAGAS, bonsoir Monsieur MORAGAS.
Jorge MORAGAS, député du Parti populaire espagnol
Bonsoir.
Olivier MAZEROLLE
Vous êtes député du Parti populaire espagnol.
Jorge MORAGAS
Jolie cravate, Olivier.
Olivier MAZEROLLE
Oui, oui, exactement, c'est la même, oui. Du Parti populaire espagnol de José Maria AZNAR…
Jorge MORAGAS
Mariano RAJOY est le nouveau président du parti.
Olivier MAZEROLLE
Oui, d'accord, mais enfin, en France on connaît mieux José Maria AZNAR. Et donc vous venez d'entendre monsieur Philippe de VILLIERS est-ce que vous avez la même vision de l'Europe ?
Jorgé MORAGAS
Bonjour.
Philippe de VILLIERS
Bonjour.
Olivier MAZEROLLE
Est-ce que ça vous plait l'Europe telle qu'il la conçoit ?
Jorge MORAGAS
Un peu différent je crois. Je suis d'accord avec la réflexion qu'il a faite vis-à-vis de la politique d'immigration de monsieur ZAPATERO. Dans ce domaine on est d'accord. Mais bon, je ne vais pas porter un certain regard espagnol, qui je crois c'est intéressant et l'Europe pour l'Espagne… il faut tenir compte qu'on vient, on venait de 40 de dictature, alors l'Europe pour l'Espagne représentait une référence, un projet politique, une référence de liberté et de progrès. Mais en même temps, une nouvelle culture politique basée sur l'idée de l'efficacité, une politique, une culture rigoureuse, sérieuse et pour nous ça c'était un objectif très attirant. Alors pendant le gouvernement de José Maria AZNAR du Parti Populaire, on a entraîné un très grand effort, on a mis le paquet, on a fait l'effort et on a appliqué ses règles. Il y avait des règles claires. Le pacte de stabilité, pour nous, c'était dur, on a dû parler avec les syndicats, on a fait un effort économique et budgétaire très important, après l'Agenda de Lisbonne était un autre projet. Mais le problème c'est que finalement, je crois que c'est une cause pour exprimer ce manque de confiance entre le peuple européen et le projet européen. Le problème c'est que le non-accomplissement des accords européens. C'est-à-dire le pacte de stabilité…
Olivier MAZEROLLE
A cause de la France, vous pensez ?
Jorge MORAGAS
Non. Je parle à cause…
Olivier MAZEROLLE
Mais si vous dites la France, l'Allemagne, je ne sais pas moi, qui est mis en cause ?
Jorge MORAGAS
Je crois que la France a une responsabilité très importante.
Olivier MAZEROLLE
Mais vous pouvez, ce n'est pas parce que vous êtes en France, dites ce que vous pensez.
Jorge MORAGAS
Et l'Allemagne aussi. Mais si on n'accomplit pas les accords signés par les dirigeants européens, quelle confiance on peut transmettre à notre peuple ?
Olivier MAZEROLLE
Alors Monsieur de VILLIERS. Voilà, si on ne respecte les accords auxquels on a souscrit, qu'est-ce qui se passe ?
Philippe de VILLIERS
Ecoutez, le pacte de stabilité, qui a dit qu'il était stupide ? C'est le commissaire PRODI.
Olivier MAZEROLLE
Monsieur PRODI, oui.
Philippe de VILLIERS
Bon, c'était un corset très rigide, je pense d'ailleurs qu'aujourd'hui, le fait que le pacte de stabilité soit mal en point, met en cause, à terme, l'avenir de la monnaie unique elle-même. Mais puisque j'ai la chance de parler avec député espagnol, moi je voudrais lui dire que compte tenu de nos relations très anciennes et très profondes, qui sont des relations d'affection entre les peuples espagnols et français, qui sont des relations nourries par l'histoire, il y a beaucoup de choses que l'on peut faire ensemble. Et qui n'empêche pas l'Espagne de son côté, le peuple espagnol de son côté, le peuple français, du sien, de prendre des décisions de souveraineté nationale. Exemple, quand il s'agit de se battre contre l'ETA, contre le terrorisme, une décision récente a été prise, excellente, l'échange des casiers judiciaires entre la France et l'Espagne, entre la police espagnole et la police française, voilà un exemple de coopération. Autre exemple de coopération, dans le domaine de la sécurité maritime, on a attendu que Bruxelles nous protège, protège la Côte Atlantique, après l'ERIKA et après le PRESTIGE, dont vous avez été victimes. On a attendu en vain, alors à ce moment-là le président de la République française avec monsieur AZNAR et le président, le Premier ministre du Portugal, se sont rencontrés et ils ont conclu l'accord de Malaga, qui permet d'éloigner les navires poubelles à plus de 100 milles nautiques. Depuis, depuis 2004, on a évité ainsi 60 naufrages. En d'autre terme, nous avons là des exemples de coopération inter étatique, intergouvernementale, internationale, qui fonctionnent parfaitement et qui ne passent pas par la commission de Bruxelles. Et en revanche quand la France veut par exemple, rétablir, les contrôles mobiles ou les contrôles fixes à la frontière franco-espagnole à cause de la décision dangereuse de monsieur ZAPATERO, dont vous soulignez vous-même le caractère dangereux, 700 000 immigrants clandestins, il faut que la France puisse le faire c'est tout.
Olivier MAZEROLLE
Alors Monsieur MORAGAS est-ce que la coopération entre la France et l'Espagne, par exemple, puisque c'est les deux pays dont on parle, là, ce soir, serait aussi forte si l'Europe n'existait pas ?
Jorge MORAGAS
Bonne question, Olivier. Je crois que ça serait très fort, bien sûr, parce que les ratios des relations de travail aux institutions européennes disparaîtraient, alors on devrait resserrer les liens entre les deux pays bilatéralement. Alors je n'ai pas peur que la relation entre la France et l'Espagne tombe en crise, parce que j'ai beaucoup de confiance avec cette relation. Mais je crois que le projet européen, il faut reconnaître qu'il y a eu un tremblement de terre, et que l'épicentre de ce tremblement de terre était en France. Mais précisément parce qu'il s'est passé en France, je crois que les Français, avec tout le respect, je crois qu'ils ont une très grande responsabilité. Je pose l'exemple de l'Espagne. En Espagne, on a organisé le référendum. On a été un des rares pays qui a organisé un référendum et le oui ait gagné. Mais il y a eu une très large abstention, la plus large de toute l'histoire démocratique espagnole. Alors les Espagnols ils ont dit : bon, d'accord, on est pour l'Europe, on est pour la Constitution, malgré qu'on n'aime pas quelques aspects - c'était le cas de notre parti, le Parti Populaire a demandé le oui, mais par un sens de responsabilité avec l'ensemble du projet. Mais monsieur ZAPATERO, il a essayé d'être le premier, il est allé trop vite. Et je crois que c'était comme ça parce que monsieur CHIRAC - je parle franchement - lui a demandé d'apaiser le chemin pour la France et pour le oui français. Alors notre critique : a été trop vite, sans débat, et alors…
Olivier MAZEROLLE
Mais vous l'avez accepté quand même.
Jorge MORAGAS
On l'a accepté, mais parce que je crois que l'idée du consensus en Europe, c'est central. Si tous les pays défendent ses intérêts internationaux, seulement ses intérêts internationaux, alors on ne peut pas bâtir le projet européen.
Olivier MAZEROLLE
Alors on ne peut pas bâtir l'Europe si chacun défend strictement ses intérêts nationaux ?
Philippe de VILLIERS
Mais non, je pensais en vous écoutant, Monsieur le député, AIRBUS et textile - soyons concrets, l'Europe du concret. D'ailleurs, le non c'est la victoire du concret sur les abstractions. AIRBUS, ARIANE, souvenez-vous, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre, la France, on n'est pas passé par la Commission de Bruxelles. Et je vais aller plus loin : je pense que tout ce qui passe par la Commission de Bruxelles, c'est le comptoir du roi Midas, de la mythologie, tout ce qu'il touchait se transformait en or, et tout ce que touche la Commission se transforme en échec. Et AIRBUS a été une formidable réussite, mais c'est l'Europe de la coopération libre des Etats et des entreprises. Exemple, le textile : combien de temps on va attendre, vous et nous ? Vous êtes très touchés par l'affaire du textile chinois, et puis aujourd'hui la chaussure, demain l'automobile, etc. Combien de temps on va attendre que monsieur le commissaire MANDELSON, qui a tous les pouvoirs, accepte de faire ce que les Américains ont fait, c'est-à-dire rétablir les quotas ? Moi, ce que je suggère, c'est de faire dans le domaine du textile ce qu'on a fait ensemble pour la sécurité maritime. On était quatre pays, avec le Portugal, l'Espagne, l'Italie, on rétablit les quotas, et on force à ce moment-là la Commission de Bruxelles à agir. Parce que c'est ça que moi je demande au président de la République et à notre Premier ministre, qui n'a pas dit un mot, hier, du cadre européen dans lequel il va développer son action. C'est taper du poing sur la table et dire aux technocrates : maintenant vous allez vous serrer la ceinture, ce sont les peuples qui commandent, et les peuples, ils veulent recouvrer leur liberté.
Olivier MAZEROLLE
En tout cas, j'observe une chose, c'est : que ce soit les Allemands, les Britanniques ou les Espagnols, ou les Polonais, ils ne sont pas furieux contre les Français.
Philippe de VILLIERS
La TVA pour les restaurateurs…
Olivier MAZEROLLE
Non, non, mais ils ne sont pas furieux contre les Français… attendez, attendez, attendez, maintenant - merci Monsieur MORAGAS - Alain DUHAMEL vous pose des questions.
Philippe de VILLIERS
Bonsoir Alain DUHAMEL.
Alain DUHAMEL
Bonsoir Monsieur de VILLIERS. On a entendu tout à l'heure à votre place Marie-George BUFFET, qui était aussi en faveur du non. Qu'est-ce que le non de Philippe de VILLIERS a à voir avec le non de Marie-George BUFFET ?
Philippe de VILLIERS
Peut-être, avec Marie-George BUFFET…
Alain DUHAMEL
Je ne parle pas personnellement, bien sûr : symbole.
Philippe de VILLIERS
Je vais vous surprendre. Voyez, le non du peuple français, il a à voir avec le peuple français. Et par-delà la grande diversité des expressions politiques, il y a une pépite qui nous appartient à tous, c'est une grande inquiétude pour l'avenir de notre pays, le refus d'être gouvernés par des technocrates irresponsables et incontrôlables, et l'idée que quand les peuples recouvrent leur liberté, nos gouvernants peuvent retrouver le pouvoir. Parce que regardez ce qui se passe en ce moment : monsieur de VILLEPIN va buter à son tour sur le mur de l'impuissance publique. Quand le pouvoir n'a plus le pouvoir, je crois que vous l'avez dit tout à l'heure, et la croissance. Donc ce n'est pas le traitement administratif qui va résoudre les problèmes de la France aujourd'hui sur le plan économique. La relance budgétaire, c'est Bruxelles. La relance monétaire, c'est Francfort. La relance industrielle, c'est encore Bruxelles. La relance commerciale, avec le commissaire à la concurrence, c'est encore Bruxelles. Qu'est-ce qu'il nous reste, nous ? Des mesurettes, une supérette !
Olivier MAZEROLLE
Si vous mettez trois minutes à chaque réponse, ça sera fini, il y aura eu une question, voilà.
Philippe de VILLIERS
Pardon. Je vous promets des réponses plus rapides.
Olivier MAZEROLLE
Voilà. Allez-y.
Alain DUHAMEL
Hier vous avez écouté attentivement VILLEPIN, vous avez remarqué qu'il a fait allusion, à propos de l'Europe, à la préférence communautaire ? Est-ce que vous avez été agréablement surpris, ou bien est-ce que vous vous êtes dit : allez, c'est des paroles verbales ?
Philippe de VILLIERS
Non. Déjà, vous savez, quand c'est les mots qui précèdent les sentiments. Je pense que pour l'instant ils n'ont pas encore compris ce qui se passe, mais le fait qu'il ait prononcé le mot “ préférence européenne ”, et je me suis dit…
Alain DUHAMEL
Préférence communautaire.
Philippe de VILLIERS
…si ça se trouve, il va parler de la Turquie. Non mais vraiment, ce mot-là…
Alain DUHAMEL
Non mais, restons sur la préférence.
Philippe de VILLIERS
Alors, sur la préférence européenne, il a dit : préférence européenne. Bon. C'est très important.
Alain DUHAMEL
Oui mais, qu'est-ce que vous en avez pensé ?
Philippe de VILLIERS
J'en ai pensé que, qu'est-ce qu'ils attendent pour dicter cette charte fondatrice dont je parlais tout à l'heure, et pour mettre dedans la préférence européenne ? Pourquoi ? Parce que dans le projet de Constitution qui nous a été soumis, on était à contresens par rapport à ce que souhaitent les peuples, à ce que requièrent les économies, c'est-à-dire un besoin de protection, donc de préférence européenne, sur le plan agricole, sur le plan industriel. Qu'est-ce que ça veut dire, une communauté de consommateurs et de producteurs ? Ça veut dire qu'on commence par consommer ce qui est produit chez nous. Et ça, c'est un changement majeur. Encore faut-il connaître, évidemment, si on rétablit la préférence communautaire…
Alain DUHAMEL
Et alors dans votre esprit…
Philippe de VILLIERS
Encore faut-il connaître les limites de l'Europe.
Alain DUHAMEL
Voilà, dans votre esprit on le fait autour de la France, autour de la France et de l'Espagne, par exemple, ou bien autour de l'ensemble de l'Europe ? Comment vous voyez les choses ?
Philippe de VILLIERS
De la manière suivante. Premier principe : on se respecte, on respecte les démocraties nationales, les souverainetés populaires. Deuxième principe…
Alain DUHAMEL
Sur la préférence ?
Philippe de VILLIERS
…deuxième principe : on a une préférence communautaire pour l'ensemble des pays qui composent l'Europe…
Alain DUHAMEL
Les 25 ?
Philippe de VILLIERS
…il y a un problème de limites. Il y a un problème de limites, évidemment. Et troisième… et donc il faut les fixer, bon. Et troisièmement, après, on enrichit l'Europe de coopérations libres multiples. On peut coopérer dans le domaine des nanotechnologies, on peut coopérer dans le domaine de la sécurité contre les grandes mafias, on peut coopérer sur les problèmes d'immigration.
Alain DUHAMEL
Alors justement, deux questions…
Olivier MAZEROLLE
Rapides.
Alain DUHAMEL
Non, non, mais deux questions rapides.
Olivier MAZEROLLE
Oui, parce qu'on fait de l'inflation.
Alain DUHAMEL
La première. Pour lutter contre l'immigration, qu'est-ce qui, à votre avis, est le plus efficace : la France seule qui essaie de protéger ses frontières, ou bien l'Union européenne qui essaie de mettre sur pieds une police commune des frontières et des actions communes ?
Philippe de VILLIERS
Les deux, mon capitaine. Voilà ce qu'il faut faire pour lutter contre… enfin, pour maîtriser l'immigration. Premièrement, rétablir les contrôles aux frontières. Ils ont montré leur utilité quand il s'agissait…
Alain DUHAMEL
Nationales ?
Philippe de VILLIERS
Les frontières nationales, ce qu'on appelle les frontières internes, maintenant. Parce que je pense qu'un pays qui n'a plus de frontières n'a plus de territoire.
Alain DUHAMEL
Deuxièmement ?
Philippe de VILLIERS
Deuxièmement, il faut avoir un cordon extérieur fort - ce qui n'est pas le cas actuellement : les îles grecques, le sud de l'Italie, etc. Et troisièmement, une coopération policière. Moi je crois à la coopération, je ne crois pas du tout à la police unique. Et si on fait ça, on a une Europe qui nous protège, et en même temps, on a des pays qui maîtrisent leurs problèmes de sécurité et d'immigration. Et quand je vois le discours de monsieur de VILLEPIN sur l'immigration choisie… d'abord, l'immigration choisie c'est quoi quand il n'y a plus de frontières ? Et ensuite…
Alain DUHAMEL
Là vous ne répondez plus du tout à ma question, vous êtes reparti pour un discours comme pendant la campagne !
Philippe de VILLIERS
Non mais, je…
Olivier MAZEROLLE
La dernière question, alors. La dernière question, parce que vraiment…
Alain DUHAMEL
La dernière question, que j'ai posée aussi à Marie-George BUFFET, et d'ailleurs à Jean-Louis BORLOO. Marie-George BUFFET nous a dit tout à fait clairement tout à l'heure que, elle, elle n'était pas pour l'euro, ils ont voté contre Maastricht, les communistes, mais que l'euro existe, et donc, que même s'il faudrait changer un peu la Banque centrale, etc., elle ne le remet pas en cause. Est-ce que vous, vous êtes d'accord avec elle là-dessus ?
Philippe de VILLIERS
Moi, ce que je souhaite ce soir, c'est ouvrir le débat en France. Ouvrir le débat…
Olivier MAZEROLLE
Pour quitter l'euro, éventuellement ?
Philippe de VILLIERS
Attendez, Olivier MAZEROLLE…
Olivier MAZEROLLE
Non mais, je vous pose la question.
Philippe de VILLIERS
Attendez… vous me dites que je suis trop long, laissez-moi répondre.
Olivier MAZEROLLE
Oui, non, mais c'est juste une question.
Philippe de VILLIERS
Ouvrir le débat en France…
Olivier MAZEROLLE
Sur quoi ?
Philippe de VILLIERS
Le débat, il est ouvert en Allemagne, et 56% des Allemands ont fait une critique en piqué sur l'euro.
Alain DUHAMEL
Alors qu'est-ce que vous souhaitez ?
Philippe de VILLIERS
Deuxièmement, il est ouvert aux Pays-Bas. Ça a même été une des questions clés de la campagne aux Pays-Bas. Troisièmement, il est ouvert en Italie. Moi je vous dis ce soir ceci : l'euro est une réussite technique et un formidable échec économique. La greffe a réussi, et le patient est dans le coma. Aucune promesse de l'euro n'a été tenue. Non mais, c'est difficile à dire et à entendre. La promesse du pouvoir d'achat, la promesse…
Olivier MAZEROLLE
D'accord, Monsieur de VILLIERS, mais attendez, donc vous souhaitez un débat sur l'euro ? Qu'est-ce que vous voulez ?
Philippe de VILLIERS
Alors moi je fais deux propositions, ce soir…
Olivier MAZEROLLE
Mais vite. On ne va pas y arriver, hein !
Philippe de VILLIERS
La première, c'est de maintenir le double affichage, pour commencer, pour que les consommateurs se repèrent. Et deuxième proposition, qu'il y ait inscrit au dos des pièces et des billets la contre-valeur en monnaie nationale, pour que les gens, là encore, puissent se repérer et avoir une échelle de grandeur.
Alain DUHAMEL
Mais on reste dans l'euro ?
Philippe de VILLIERS
Je pense que de toute façon, l'euro, à terme, est condamné.

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