L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
Jeudi 11 Mars 2010
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'Non' irlandais : un rapport met en cause la liberté d'expression sur Internet


Bien des européens en ont assez que leur vie soit réglementée dans le menu détail par des directives toujours plus nombreuses et volumineuses produites par une machine bureaucratique en pleine expansion à Bruxelles. Les Irlandais ont voté NON lors d’un référendum tenu en juin dernier, ce qui a suscité la colère des Eurocrates... qui blâment les citoyens, ces simples d’esprit irrationnels facilement influencés par une blogosphère hors de contrôle !



'Non' irlandais : un rapport met en cause la liberté d'expression sur Internet

La fuite d’un rapport révèle pourquoi les fonctionnaires pensent qu’ils ont perdu le référendum irlandais : c’est parce qu’il y a « trop » de liberté de la presse.

Ce serait un euphémisme que de dire que le rejet irlandais du Traité de Lisbonne lors d’un référendum le 12 Juin dernier a causé des remous dans d’autres capitales de l’Union européenne. Les Euro-élites ont pratiquement de la mousse à la bouche tellement ils sont fâchés contre l’Irlande. Plus tôt ce mois-ci, le Irish Times a rendu public un rapport apparemment interne de la Commission européenne (CE), qui a mystérieusement fait l’objet d’une fuite.

Le rapport fait valoir que les médias irlandais sont contrôlés par des intérêts étrangers eurosceptiques. La principale tendance, observe le rapport, est une diminution de l’objectivité de la presse écrite et audiovisuelle en Irlande, et cela pourrait avoir eu un impact sur les habitudes de vote des citoyens.

En particulier, le rapport met en lumière le fait que de plus en plus de gens lisent la version irlandaise des journaux britanniques, comme le Irish Sun ou le Sunday Times en gaélique. Le Sun et le Sunday Times sont la propriété de Rupert Murdoch’s News International.

Il y a également eu, déplore le rapport, une augmentation du nombre de publications religieuses en Irlande, qui sont généralement anti-UE.

Toutefois, aux yeux de la CE, c’est sur Internet que les choses se sont emballées hors de contrôle. La montée de ce qu’on appelle le « journalisme citoyen », les blogs et autres sites Web indépendants des médias dominants, a apparemment causé de réels problèmes pour l’avenir de l’UE. Le rapport avertit que : « L’Internet a permis une meilleure communication entre les groupes de citoyens, les éloignant des sources traditionnelles que sont le gouvernement et les médias dominants ».

Par exemple, la blogosphère, dit le rapport, a été extrêmement négative envers le traité de Lisbonne. Apparemment, alors que la campagne du « Non » a diffusé des vidéos créatifs et humoristiques ainsi que des chansons via des sites tels que YouTube, les organismes officiels, comme la Commission du référendum, ont utilisé les nouveaux médias de manière inefficace. Selon la CE, cela a rendu difficile aux fonctionnaires et militants pro-UE de rejoindre un public plus jeune branché sur Internet.

Le rapport conclut comme suit : « Dans les six années écoulées depuis le référendum de Nice, le paysage médiatique en Irlande a changé. Les Irlandais et les leaders d’opinion ont accès à un plus grand choix de médias. La presse dominante traditionnelle, la télévision et les stations de radio sont en concurrence avec des médias occupant de nouvelles niches ».

La CE ne peut voir cela que comme une mauvaise chose qui a nui à la cause de l’Europe en Irlande. L’évolution du « paysage des médias » a joué un rôle vital dans la montée du NON en Irlande, dit le rapport.

Bref, les lecteurs simples d’esprit se font séduire par des messages simplistes sur des blogs et des vidéos YouTube qui, horreur des horreurs, sont indépendants du gouvernement et de sa position sur l’UE. Lorsque la CE explique que l’Internet s’est avéré être « facilement malléable », parle-t-elle vraiment de la population irlandaise, qu’elle semble considérer comme de la pâte malléable et reformatable par des vidéos humoristiques et des chroniques dans un journal appartenant à un étranger ?

D’une part, le rapport de la CE met en garde contre un trop grand contrôle de la presse par Murdoch en Irlande, et en même temps, elle se montre mécontente de l’augmentation du nombre de sources indépendantes sur Internet.

Le véritable message du rapport, semble-t-il, est d’affirmer que le « NON » était en quelque sorte illégitime. Vous n’avez pas à être un maître de la déconstruction de textes pour comprendre le message de ce rapport transmis à la presse irlandaise par la CE : le « NON » ne reflète pas vraiment la volonté démocratique des électeurs irlandais, dont plusieurs ont rejeté le Traité de Lisbonne non pas pour des raisons rationnelles mais parce qu’ils ont été dévoyés par des médias eurosceptiques étrangers et pernicieux ou des bloggers incontrôlables. Vu l’évolution du paysage médiatique, on ne peut plus compter sur le stupide peuple irlandais pour exprimer les bonnes opinions sur l’UE.

Voir en ligne : Hell hath no fury like a Eurocrat scorned, par Tara McCormack, Spiked, le 10 septembre 2008

Première publication : Point de bascule


Mercredi 17 Septembre 2008

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