L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Ne devenons pas 'aquabonistes'

Gardons les Nations


Il ne faut pas devenir "aquoiboniste", comme tous ceux qui me disent : « Tu vois bien que la France ne marche pas bien, donc il faut faire l’Europe [et abandonner la France] pour que ça marche mieux » (...) Si nous n’avions plus le cadre d’intégration nationale, nous n’aurions pas davantage un cadre d’intégration européen, du moins pas à vue d’homme. La séparation évidente des classes sociales, qui progresse depuis vingt ans, scinderait alors chaque société européenne en deux grandes strates, plus quelques fragments ethniques, religieux, etc. (...) D’accord pour coordonner les pays d’Europe, mais pas pour une fédération réduisant les nations à la vassalité et gouvernée par on ne sait qui, on ne sait comment.




Ne devenons pas 'aquabonistes'
Mon avis est que lorsqu’on a la chance d’être né dans un pays comme la France, on doit tenter de l’améliorer, de le réformer, d’en réduire les défauts, et si possible d’en supprimer les travers séculaires, mais on ne doit pas laisser perdre ce qui existe, et surtout pas pour construire un gigantesque machin non contrôlé et tenu par une bureaucratie tatillonne et népotique.

D’accord pour coordonner les pays d’Europe, mais pas pour une fédération réduisant les nations à la vassalité et gouvernée par on ne sait qui, on ne sait comment.

L’intégration européenne centralisée qu’on nous propose est dangereuse parce qu’elle coïncide avec la mondialisation qui accroît les écarts sociaux. Elle est d’autant plus dangereuse que l’Union européenne est devenue un relais actif de la mondialisation, et non plus un espace économique intégré déterminant un espace politique et social intérieur.

Seuls les gens riches et instruits auraient vraiment droit de cité dans le système qu’on nous propose, car seuls ils comprendraient comment il fonctionne. Nous en sommes déjà presque là : les classes populaires, abandonnées et méprisées par les « partis de gouvernement » votent pour Le Pen , Laguiller ou Besancenot, puis s’auto-excluent du vote. Or le suffrage censitaire, de droit ou de fait, mène à la violence civile : 1791, 1848, 1954 ! La démocratie, pour les gens instruits, c’est une ascèse : il faut accepter d’être les égaux de tous les autres citoyens et les convaincre. Mais c’est le seul régime qui promeuve la justice et assure la paix.

Peut-être par atavisme familial, je crois dur comme fer aux nations, qui sont à mon avis les cadres sociaux les plus solides, et les seuls qui assurent la paix civile. On peut très bien être nationiste fervent et n’avoir pas la moindre animosité contre les nations voisines. On peut même (c’est mon cas, mais je rêve peut-être) penser que la nation française se porterait encore mieux en revitalisant ses cultures provinciales (auxquelles la mondialisation effrénée porterait le coup de grâce), et je n’écris pas cela seulement pour faire plaisir aux Bretons et aux Corses.

Mais si nous n’avions plus le cadre d’intégration nationale, nous n’aurions pas davantage un cadre d’intégration européen, du moins pas à vue d’homme. La séparation évidente des classes sociales, qui progresse depuis vingt ans, scinderait alors chaque société européenne en deux grandes strates, plus quelques fragments ethniques, religieux, etc. Peu d’années suffiraient pour que nous ne puissions plus rentrer chez nous tranquilles le soir.

Pour moi l’idée d’une Constitution européenne est fausse dès la racine, car la démocratie ne se sépare pas de la souveraineté nationale, ne fût-ce que parce qu’il faut parler la même langue pour pouvoir discuter entre concitoyens. La Belgique est l’exemple typique de ce qu’il faut éviter. Alors à trente, vous imaginez la pagaille ! Pour que l’Europe profite de sa diversité, il faut organiser une coopération d’États, selon des modalités à inventer, mais le pire serait cette centralisation bureaucratique et irresponsable, qui serait bientôt paralysée sauf lorsque les Américains viendraient décider, et ne tarderait pas à être investie par des réseaux mafieux (si ce n’est déjà fait).

Le mélange d’une administration soviétique et du libréchangisme économique est un mélange détonnant.

Gardons donc les nations, et confédérons-les. Comme, à ma connaissance, aucune confédération d’égaux n’a jamais existé dans l’Histoire, cela demandera un sérieux effort intellectuel. Mais nous n’avons pas le choix, car l’usine à gaz qu’on nous propose est vouée à exploser. Personnellement, je n’ai aucune envie d’être là-dedans quand ça pétera !


Christian DARLOT




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