L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
Dimanche 14 Mars 2010
Actualité

Lisbonne aux forceps


L'Irlande a cette fois voté en faveur de la ratification du traité de Lisbonne, par plus de 67% et avec un taux de participation de 58%. Drôle de journée pour la démocratie que ce 2 octobre 2009, humiliée un peu plus par un traité constitutionnel décidément ratifié aux forceps conformément au voeu de la coalition arrogante des élites européennes.



Lisbonne aux forceps

Elles peuvent bien ouvrir le champagne et s'auto-congratuler de ce qui n'est rien d'autre que l'inversion malhonnête du premier verdict référendaire, obtenue par l'intimidation (menaces sur le Commissaire etc.), le mensonge des vraies-fausses "garanties" irlandaises (lire notre article ), un débat médiatique littéralement trusté par les porte-parole du "oui", accompagné d'un déploiement impressionnant tout autant qu'illégal; de propagande sur fonds publics en faveur du "Oui" : plus de 2,4 Millions d'€, dix fois plus que le "non".

Et que dire des vingt-six autres peuples littéralement privés de toute possibilité de s'exprimer sur cette nouvelle étape de leur intégration dans l'Europe, laquelle ne les écoute pas, ne les regardent pas et qu'ils ne reconnaissent pas.

La plupart des régimes autocratiques dans l'Histoire n'ont pas eu besoin de chars d'assaut pour émerger, mais seulement des institutions légales existantes, au terme d'une succession d'étapes juridiques et politiques à la limite de la légalité constitutionnelle.

Qui sait où l'étape du traité constitutionnel de Lisbonne passé en force est en train de mener les démocraties européennes ?

Despotisme éclairé

Ce traité, international par la forme et constitutionnel par les effets, constitue le plus important transfert de pouvoir jamais réalisé, dans l'histoire de la construction européenne, des démocraties vers Bruxelles : 68 nouvelles compétences à la majorité qualifiée, les droits et libertés fondamentaux sous la sanction de la Cour de Luxembourg, la personnalité juridique attribuée à l'Union qui peut se substituer aux Etats dans le concert des nations, la primauté absolue de la norme européenne sur les Constitutions nationales, la concurrence et le libre-échange consacrés comme dogme.

Rappelons Jacques Delors qui pouvait dire en 1999, avec la sincérité qu'on lui connaît: "L'Europe est une construction à allure technocratique et progressant sous l'égide d'une sorte de despotisme doux et éclairé ". Le philosophe Pierre Manent ("La Raison des nations") ne dit pas autre chose : "Embrassant les "valeurs" démocratiques, nous avons oublié le sens de la démocratie, son sens politique, qui est le gouvernement de soi. Le temps est venu du despotisme éclairé, désignation exacte pour la somme d'agences, administrations, cours de justice et commission qui, dans le désordre mais d'un esprit unanime, nous donnent de plus en plus méticuleusement la règle."

Point d'autorité sans légitimité. De plus en plus coupée de toute légitimité populaire, contestée sur tout le continent (y compris par la Cour constitutionnelle allemande), secouée autant que paralysée devant les grands défis, cette Union européenne ne peut survivre longtemps, pas plus que ceux qui la dirigent.

ChB

Lundi 5 Octobre 2009

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