L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

Fondé en 2005 - Plus de 2 400 articles en accès libre

S'abonner
Rss
Twitter
Facebook




mon Email :






Recherche par mots-clés


Les 'vérités' successives de Michel Barnier, par Philippe de Villiers





Les 'vérités' successives de Michel Barnier, par Philippe de Villiers
Point de vue paru dans l'édition du Monde du 8 avril 2005

Jusqu'ici on n'entendait guère Michel Barnier et peut-être était-ce mieux ainsi ­ y compris pour son propre camp. Voici qu'avec les progrès du non, il s'essaye à mugir. Ce lion n'impressionne personne et sa rage serait plutôt pathétique ; mais son désarroi n'autorise pas tout. Pour accuser les autres de mensonge ("Référendum : les contre-vérités du non", Le Monde du 31 mars), il faut être bien sûr que l'accusation ne vous reviendra pas au visage avec la force d'un boomerang.

J'aurais menti, écrit-il, à propos de la directive Bolkestein. Mais lui-même, quand dit-il la vérité ? Quand il approuve la directive comme commissaire européen ou quand, comme ministre, il la condamne à une profonde remise à plat ? Il me trouve trop discret à Strasbourg. Que dire de son silence à la Commission et au gouvernement pendant de longs mois ? Au moins est-il avéré que j'ai perçu, avant lui, les dangers inhérents à la directive ; et qu'il a fallu que je les dénonce pour qu'il veuille bien, à retardement, s'en aviser.

Il n'y a pas, d'ailleurs, que sur la directive que sa perspicacité se soit laissé prendre en défaut. Se tromper, chez lui, a tout l'air d'une habitude. Il s'est trompé avec ceux qui trouvaient excellent le pacte de stabilité, jusqu'à ce qu'à l'expérience on se persuade qu'il fallait le changer. Il s'est encore trompé sur le traité de Nice, qui lui a paru, sans doute, comme à M. Chirac, le texte européen le plus important depuis le traité de Rome, mais que, maintenant, il stigmatise comme gros des pires calamités pour l'Europe.

N'est-il pas en train de se tromper derechef sur le traité constitutionnel ? Et qui nous dit que, demain, dans six mois ou six ans, il ne nous conviera pas à brûler ce qu'il adore aujourd'hui ? En votant non, peut-être ne fait-on que prendre un peu d'avance sur sa vérité de demain.

Venons-en à la Turquie. On se doutait que M. Barnier avait survolé la Constitution plutôt qu'il ne l'avait lue. On n'imaginait pas que l'article 58 lui ait échappé. Qu'il le lise, et il verra que cet article est spécifiquement consacré aux demandes d'adhésion ; et donc qu'il s'applique très directement au cas turc. Bien ou mal, la Constitution, si c'en est une, traite de la Turquie. M. Barnier sera seulement le dernier à s'en apercevoir.

C'est, en tout cas, se moquer du monde que d'écrire, comme lui, que si d'aventure "l'adhésion turque devait prendre tournure, elle serait préalablement soumise au peuple français par un autre référendum". Les Français ne voient que trop bien qu'on est en train de donner tournure à l'adhésion turque, et qu'on n'a aucune intention de les consulter, sinon quand il sera trop tard.

Quant à la dernière prétendue "contre-vérité" ­ "J'aime l'Europe, je vote non" ­ sa dénonciation est plus accablante pour le dénonciateur que pour le dénoncé. Le slogan incriminé ne dit qu'une chose : que les partisans du non jugent cette Constitution mauvaise pour l'Europe. Si c'est interdit, cela veut dire que ce référendum n'est qu'un diktat, puisqu'il n'admet qu'une seule réponse, celle des oui, qui pensent que cette Constitution est bonne pour l'Europe.

Comment, d'ailleurs, se fait-il qu'on ait le droit de remettre à plat la directive Bolkestein tout en aimant l'Europe, mais pas le projet de Constitution ?

Quelle idée, enfin, M. Barnier se fait-il de nos partenaires pour penser qu'en cas de victoire du non, ils ostraciseraient la France ? Au nom de quoi le feraient-ils ? La France n'aurait fait qu'exercer son droit de répondre librement à la question posée et n'aurait aucune raison d'en avoir honte. Que M. Barnier, s'il était désavoué, se sente condamné au silence, c'est justice, mais il n'est pas la France.

Quoi qu'il en dise, les promesses de grand soir européen ne sont pas surfaites, j'en prends le pari. Le soir du non, une onde de choc partira de France et parcourra l'Europe : elle sera porteuse d'un message de renouveau, celui d'une Europe qui veut se bâtir, mais pas contre les peuples ni sans eux ; celui, aussi, d'une Europe qui entend rester européenne, c'est-à-dire ni asiatique, avec la Turquie, ni ultralibérale à l'anglo-saxonne, ni américaine à la sauce OTAN.

Tout indique que, loin d'être solitaire, ce message sera contagieux.

Notez
Lu 9911 fois


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vos commentaires sont les bienvenus, pour peu qu'ils respectent la liberté d'opinion, la courtoisie la plus élémentaire et...la langue française. Ils sont modérés et ne doivent évidemment comporter aucun propos grossier, insultant, raciste ou diffamatoire.

Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 8

A la Une | On avait pourtant dit Non | Analyse | Tribune | Document | En bref | Référendum 2005 | Souvenons-nous


Après le Brexit, reprenons la plume aux fédéralistes. Voici le nouveau traité qui sortira l'Europe de l'idéologie. "Nous peuples d'Europe..." : pour un nouveau Traité fondamental européen