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Les européens regrettent leurs devises nationales



Selon un sondage publié par le Financial Times aujourd'hui, plus des deux tiers des européens constatent l'échec de l'euro et regrettent leurs monnaies nationales. Pendant ce temps, la BCE prépare une nouvelle hausse de ses taux. En France, malgré le matraquage du politiquement correct, seuls 5% des personnes interrogées estime que l'euro est bénéfique pour l'économie, la croissance et les prix. Pendant ce temps là, aucun des candidats annoncés vainqueurs de la présidentielle, ne remet en cause les options définies à Maästricht et consacrées dans le projet de constitution européenne.




Les européens regrettent leurs devises nationales

Le Financial Times  du 29 janvier 2007 confirme que "Les Européens ont toujours une mauvaise opinion de l'euro". Le correspondant du FT à Francfort, Ralph Atkins, n'en revient pas : "Une écrasante majorité des citoyens des pays de la grande zone euro estiment que l'euro a nuit à leurs économies nationales, soulignant le scepticisme populaire que rencontre encore l'Union monétaire européenne pourtant vieille de huit ans". 

A l'appui de ce constat, le quotidien britannique rapporte un sondage sondage FT-Harris (effectué auprès de 5.314 adultes en Allemagne, au Royaume Uni, en France, en Espagne et en Italie, entre le 10 et le 22 janvier) qui révèle que "plus des deux tiers des français, italiens et espagnols, et encore plus d'allemands, pensent que la monnaie unique a eu un "impact négatif" C'est la France qui décroche le pompon, où seuls 5% des français estiment que l'euro a eu un effet positif sur l'économie française. Pas dupes, moins de la moitié des salariés à plein ou à mi-temps espéraient une augmentation de salaire cette année. Aujourd'hui, plus de la moitié des consommateurs de l'eurozone regrettent leur monnaie nationale, selon ce sondage  En Allemagne ce sont près des deux tiers des citoyens qui disent préférer leur ancienne devise, le Mark.

Interviewé par le FT, Hermann Remsperger, membre exécutif du bureau de la Bundesbank, prévoit, avec le retour de la croissance allemande, "un rétablissement économique classique, avec accroissement des exportations, puis des investissements et enfin de la consommation des ménages. De plus, l'amélioration touche désormais le marché du travail. La structure de l'amélioration suggère qu'il s'agit d'un processus durable". 
Pour le FT, "D'avantage d'allemands, d'italiens et d'espagnols voient un effet positif de l'euro sur l'économie de l'UE en général qu'un effet négatif. Ceci signifie qu'ils estiment que ce sont les autres qui bénéficient de l'euro plutôt qu'eux mêmes. La seule exception vient de France où d'avantages de français ont une vision globale négative de l'euro." Cette étude paraît alors que la BCE s'apprête à annoncer une nouvelle hausse de ses taux directeurs en mars prochain.

Autre enseignement de l'étude FT-Harris, la plupart des personnes interrogées dans les plus grands pays de l'Union estiment que "l'immigration a eu pour effet de réduire les salaires et que seul un quart a une opinion positive de l'entrée dans l'Union européen cette année de la Bulgarie et de la Roumanie".

La réalité finit par sauter au nez des idéologues. Et l'échec de l'euro devrait conduire tout homme politique responsable à la remise en cause qui s'impose. A ce jour, seul Philippe de Villiers, dernier des croisés de Maastricht encore debout sur la scène politique, estime qu' "à terme, l'euro est condamné" (29 juin 2005, France2), et de proposer, comme candidat à l'élection présidentielle, un référendum sur la monnaie unique. 

Il est désormais suivi par de grands économistes, qui reconnaissent l'urgence d'une réforme pour que la France soit matériellement capable, en cas de crise grave affectant la zone euro, de décrocher et d'opérer rapidement un retour au Franc, ou plutôt un Euro-franc. Ne faut-il pas revenir en effet à la monnaie commune originelle, plutôt qu'unique, mettant l'Europe à l'abri de la conjoncture extérieure ? Une solution intermédiaire et peut être transitoire, pourrait consister à définir des zones concentriques, où l'Euro pourrait rester monnaie unique mais sur un espace "monétaire optimal", c'est à dire nettement plus réduit qu'actuellement. Dans un second cercle de pays, où les hétérogénéités structurelles rendent la monnaie unique trop coûteuse et inefficace,  l'Euro serait monnaie commune, c'est à dire parallèle à la monnaie nationale accrochée à l'Euro pour lutter contre la spéculation financière et garantir la crédibilité de la politique monétaire des nations de la zone. Enfin, il faudrait briser le dogme monétariste et s'autoriser une politique de l'Euro faible et un encadrement des flux de capitaux favorisant l'investissement matériel plutôt que les opérations spéculatives.

Autant de remises en cause auxquelles aucun des vainqueurs annoncés de l'élection présidentielle d'avril prochain n'osera endosser. Car si en France Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, couple annoncé vainqueur du 1er tour, qui ont voté "oui" à tous les Traités européens depuis Maastricht, découvrent qu'il peut être "rentable" de critiquer la  BCE, accusée de freiner la croissance, aucun des deux ne songe à toucher au statut d'indépendance de la banque européenne, ni à sortir ni même réformer l'euro d'aucune manière. Au contraire, tout en prétendant, à juste titre, qu'il appartient au Politique de "piloter" la monnaie, ils continuent à prêcher pour un recyclage de la constitution européenne qui précisément, renforce les pouvoirs de la BCE. Un jour peut-être se trouvera-t-il un journaliste pour souligner une telle contradiction. 

CB



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