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Le vent du non souffle maintenant sur les Pays-Bas





Le vent du non souffle maintenant sur les Pays-Bas

L'Union européenne face au désenchantement croissant de ses peuples

Le non français à la Constitution européenne et le verdict similaire qui se profile aux Pays-Bas place les dirigeants de l'UE face au défi majeur de combler le fossé qui les sépare d'électeurs de plus en plus désenchantés à l'égard de la construction européenne.

Un peu partout sur le continent, le rejet massif de la Constitution par près de 55% des Français a fait la joie des eurosceptiques, qui y ont vu une preuve de véracité d'accusations portées depuis longtemps.

"Au sein de l'Union européenne, il n'y a que l'élite politique qui réclame plus d'intégration", clame Roger Knapman, président du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP).

Le non français "démontre une fois de plus que les électeurs qui paient la facture n'en veulent pas", affirme ce partisan du retrait de Londres de l'UE, dont la formation a fait une entrée fracassante au Parlement européen l'an dernier.

Le Royaume-Uni a toujours été le bastion des eurosceptiques, avec une population largement attachée à une insularité pas uniquement géographique.

L'onde de choc de l'opposition française et, si les sondages disent vrai, néerlandaise à la Constitution apparaît aujourd'hui d'autant plus importante qu'elle trouve sa source dans deux pays fondateurs de la construction européenne.

Outre un malaise social national, le non français a été largement motivé par la perception du traité comme un document ancrant l'UE dans une démarche "libérale" à l'anglo-saxonne et la crainte d'un "dumping social" qui verrait les emplois filer vers les nouveaux adhérents d'Europe de l'Est.

Les analystes pointent la responsabilité des dirigeants et partisans français du oui, incapables de contrer ces arguments. Mais le problème s'avère à leurs yeux plus larges et renvoie à la déconnexion croissante entre les élites et "l'Europe d'en bas" sur l'essence même du projet communautaire.

"Il y a un décalage qui résulte aussi de ce que les Etats membres, les parlements nationaux, en particulier en France, ne font pas beaucoup d'efforts pour expliquer l'Europe. Il n'y a pas de pédagogie", relève Yves Mény, directeur de l'Institut universitaire européen de Florence (Italie).

"La nature du débat public dans un trop grand nombre de pays est un désaveu terrible pour la manière dont les élites politiques ont géré les affaires européennes", renchérit John Palmer, du centre d'études bruxellois European Policy Centre.

"Beaucoup trop de citoyens ressentent un éloignement inacceptable, une aliénation même (à l'Europe)", ajoute-t-il.

La tentation fréquente des gouvernants de s'attribuer toute initiative à succès et de mettre au contraire sur le dos de contraintes communautaires leurs politiques les plus impopulaires n'est pas étrangère à la situation, relèvent bon nombre d'experts.

Un exemple parmi d'autres: l'ex-Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, pourtant Européen convaincu, ne s'était pas privé de pourfendre les "équations" concoctées dans "des bureaux à Bruxelles" au moment où Paris s'affranchissait en 2003 des règles budgétaires communes de la zone euro.

"Les dirigeants qui parlent six jours sur sept de l'Europe comme d'un champ de bataille où ils luttent contre des ennemis mortels peuvent difficilement arriver le septième jour et dire: oh, vous devriez aimer ce champ de bataille, c'est un endroit merveilleux, votez pour lui!", résume M. Palmer.

Les signes avant-coureurs de la situation révélée par le référendum français existaient aussi depuis un certain temps.

L'UKIP et les autres partis eurosceptiques qui ont rejoint le Parlement européen, comme la Ligue des familles polonaises, doivent en partie leur succès à l'abstention record (près de 56%) aux élections de juin 2004. A l'époque, les dirigeants avaient répondu à la claque... en adoptant la Constitution.

(AFP Bruxelles, 31 mai 2005)

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