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Le protectionnisme européen au coeur du Non



« Le non de droite fut le passager clandestin du non de gauche. Planqué dans la soute, il voyageait à l’œil. Le non de gauche évoquait les délocalisations, les excès du libre-échangisme mondial, les plombiers polonais et les chemises chinoises. Sans le dire, il parlait de frontières, de protectionnisme, d’autorité et d’utilité des vieux Etats-nations. Il faisait du souverainisme comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. » C'est en ces termes clairvoyants qu'Eric Zemmour résuma le sens du Non au lendemain du référendum (Le Figaro).
L'un des principaux porte-parole de ce Non qui bouscula le vieux clivage droite-gauche, Philippe de Villiers n'a cessé d'en marteler le message et d'exiger qu'on en tire les conséquences. Il propose d'organiser un référendum sur la réforme de l'euro, en rétablissant la primauté du droit et de la constitution française sur les textes européens, la préférence communautaire, ainsi que des protections douanières, commerciales et juridiques. A l'heure où les trois favoris des sondages, tous ardents partisans du "oui", promettent de recycler la constitution européenne en bloc ou saucissonnée et sans doute rebaptisée, Villiers, lui, défend inlassablement ce Non de quelques 15,5 millions de Français de tous bords devenu le Non de la France.
Dans un débat asceptisé, "marketé" et confisqué par quelques uns, celui qui depuis Maastricht décline ses propositions autour de la nécessité des "frontières", du "protectionnisme", de l' "autorité" et des "vieux Etats-nations" face au globalisme - en d'autres termes le programme commun de tous les "Non" - réussira-t-il à échapper au rouleau compresseur médiatique de ce "oui" revanchard ?
Membre comme lui du groupe Indépendance et Démocratie au parlement européen, Paul-Marie Coûteaux, rappelle justement dans son édito de cette semaine, que les frontières, la puissance publique et le protectionnisme ont le vent en poupe partout ailleurs qu'en Europe. Il plaide vigoureusement pour une préférence communautaire rétablie en matière agricole, étendue à l'industrie et aux services, qui est au coeur du combat du leader du Non. CB


Le protectionnisme européen au coeur du Non

Renouveau du protectionnisme


par Paul-Marie Coûteaux, conseiller politique de Philippe de Villiers, député au Parlement européen

En favorisant l'élargissement des marchés, le libre-échange améliore l'efficacité économique. C'est son seul avantage, constamment relayé par des milieux économiques qui en ont fait une idéologie indiscutable mais cette idéologie dominante omet plusieurs autres de ses aspects. Le libre-échange est certes favorable à quelque grands groupes capables de mettre en concurrence des bassins de main d'œuvre très inégaux quant aux salaires, aux protections sociales et aux formations, mais il a partout des effets dévastateurs, aussi bien dans l'immense majorité des pays pauvres (en particulier en Afrique, loin de pouvoir lutter à armes égales, d'où l'immigration inévitable) que dans les pays européens, en particulier la France qui, se protégeant très peu, se condamnent eux-mêmes à l'impuissance en face de la désindustrialisation, de la désertification des campagnes, de la compression des bas salaires, de l'immigration concurrentielle et d'un désarroi social dont nul n'ose prendre la mesure.

L'investissement de capitaux dans des pays dont les règlementations sociales, écologiques et le niveau de vie sont bas permet à leurs détenteurs de s'abstraire de tous les contextes sociaux, mettant en demeure plusieurs pays européens soit de revenir massivement sur les acquis sociaux et de pressurer la main-d'œuvre, moyennant un stress dont les multiples effets directs et indirects sont incalculables, soit de disparaître. Partout en Europe de l'ouest la situation économique est mauvaise - même en Allemagne qui doit subventionner un nombre croissant de travailleurs pour masquer le chômage et n'affiche des chiffres encourageants que par un tour de passe-passe comptable qui inclut dans le PIB allemand le travail effectué hors d'Allemagne, notamment en Europe centrale, par des firmes allemandes. En Allemagne aussi, la désindustrialisation fait rage.

De cette bérézina économique et sociale, les effets ne sont masqués que par les pauvres rustines de la politique sociale et autres palliatifs compassionnels qui ruinent les budgets publics, dont le déficit représente aujourd'hui les 2/3 du PIB en France, et 98 % en Italie ! Dans un contexte concurrentiel marqué de surcroît par un euro fort, la situation n'est pas tenable, quand bien même est-elle cachée, le temps d'une élection, par des artifices, des promesses et des discours.

Le seul Prix Nobel français d'économie, Maurice Allais, rappelant que la croissance mondiale a été plus forte dans les périodes protectionnistes (1880-1914 puis 1945-1970) que dans les périodes de libre-échange quasi absolu, est condamné au silence pour répéter que seul le protectionnisme à l'échelle européenne peut rétablir des conditions égales de concurrence, substituer une véritable politique industrielle au sauve-qui-peut général, et permettre aux Etats de mener des politiques souveraines en matière industrielle, agricole ou écologique.

Le Traité de Rome, dont on va célébrer dans quelques jours l'anniversaire, entendait créer une zone de libre-échange entre un nombre réduit de pays ayant des systèmes sociaux et des niveaux de vie comparables et protégés par la préférence communautaire. Celle-ci a été peu à peu abandonnée sous les coups de butoir de l'OMC et de l'idéologie libre-échangiste. Seule l'adoption d'un protectionnisme rationnel à l'échelle européenne, nullement incompatible avec le libéralisme économique et qui, d'ailleurs, peut seul le sauver (le théoricien du protectionnisme, l'allemand List était un libéral) nous permettra de revenir à la réalité du Traité de Rome, aujourd'hui bafoué par les oligarchies qui pourtant s'apprêtent à le célébrer. Sans la préférence communautaire la "construction de l'Europe" est en réalité sa destruction. La désindustrialisation, la mise en péril de notre agriculture, les difficultés de nos industries culturelles, la perdition de nos voisins africains et l'afflux d'immigrés, mais aussi le désarroi social d'un nombre croissant de travailleurs, tous ces maux dont la France souffre par angélisme sont la conséquence de cette erreur économique fondamentale soigneusement cachée par les trois candidats des partis officiels et leur incroyable conformisme. Comme l'écrit Todd, "le premier candidat qui abordera le sujet cassera la baraque !".


Pour aller plus loin, voir nos articles :

Le protectionnisme a le vent en poupe
Pourquoi nous lançons un défi public à l'intégrisme libre-échangiste
Le patriotisme économique est-il en train de bouleverser la mondialisation ?
La 'préférence européenne' relancée par le Prix nobel d'économie Maurice Allais
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