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'Le pays qui dira Non imposera sa voix en Europe'


Qui reste-t-il ? Lui, Philippe de Villiers. En pleine forme. En phase avec les raisons du non. Nationales, souverainistes, antiturques. Il joue dans sa partition. "L'Elysée a demandé au Premier ministre turc Erdogan de ne pas venir avec son épouse à Paris parce qu'elle est voilée!" Il déchire l'ottoman à belles dents. La Turquie rongée par l'islamisme, qui ne respecte pas les droits de l'homme, réservoir d'immigrés qui nous submergeront. "Erdogan a signé le traité constitutionnel, proclame-t-il, tout est lié!"




'Le pays qui dira Non imposera sa voix en Europe'

Au bonheur de Villiers

Article publié par le Nouvel Observateur, 8 mars 2005

Le chantre du souverainisme croit son heure enfin venue: le non est de droite, et à droite il n'y a plus que lui pour le défendre
Maintenant, il sait écrire dans le ciel, comme un mage. "Une invention brevetée Puy-du-Fou, s'enthousiasme Philippe de Villiers. La rencontre de deux rayons laser dans l'atmosphère..." Il l'imagine déjà, le prochain spectacle, sa scénographie vendéenne, avec les mots flottant sur les nuages. "Nous sommes au niveau de Disneyland et de Hollywood, les plus grands professionnels des spectacles viennent chez nous!" Villiers en parle si bien de son Puy-du-Fou, ce spectacle hors norme devenu une industrie familiale.
On se demande pourquoi cet énarque-saltimbanque s'obstine sur la scène politique, si ingrate. S'imagine-t-il en chevalier quittant ses terres, revêtant l'armure parce que l'ennemi menace? Une nouvelle fois, Philippe de Villiers est sorti de sa Vendée pour porter la peur sacrée dans nos campagnes. Il faut bouter la Constitution européenne hors de France, avant qu'elle n¹assassine le pays. La France va disparaître, sa souveraineté est dilapidée, les règles de l'Europe deviennent supérieures à nos lois, un régime soviétiforme a remplacé l'Europe des pères fondateurs, le politburo de la Commission impose ses oukases.
"Il faut s'opposer, parce que après ce sera trop tard, lance Villiers. Et le pays qui dira non imposera sa voix en Europe. Je l'ai dit à Chirac, c'est l'intérêt de la France."
Il parle de choses graves, avec cette voix grinçante, tant moquée, qui empêche qu'on le prenne totalement au sérieux. Il parle de choses tragiques, mais il y prend plaisir. Cet homme aime battre les estrades. Un troubadour de sa propre épopée. Il raconte aux siens qu'il a vu Chirac, que le président a peur de l'échec. Villiers fait trembler l'Etat ! Il moque ces députés de droite qui, dit-il, envoient leurs épouses à ses meetings pour se ménager ses bonnes grâces. Il cite les autres, sans leur demander la permission. Un proche de Sarkozy, collègue au Parlement européen, l'encouragerait. Sarko lui-même, en faisant monter la peur de la Turquie, jouerait dans son camp. Villiers distille les confidences.


"C'est extraordinaire, ce qui se passe", répète-t-il. Ce qui lui arrive, à lui, Villiers, est déjà pas mal. Ses rivaux sont tombés aux oubliettes. Pasqua, fini, englué par son âge et les affaires. Le Pen, embourbé dans sa rechute révisionniste. Bruno Gollnisch, déjà diabolisé. Marine Le Pen boudant ses rêves envolés d'extrême-droite à visage médiatique... Qui reste-t-il ? Lui, Philippe de Villiers. En pleine forme. En phase avec les raisons du non. Nationales, souverainistes, antiturques. Il joue dans sa partition. "L'Elysée a demandé au Premier ministre turc Erdogan de ne pas venir avec son épouse à Paris parce qu'elle est voilée!" Il déchire l'ottoman à belles dents. La Turquie rongée par l'islamisme, qui ne respecte pas les droits de l'homme, réservoir d'immigrés qui nous submergeront. "Erdogan a signé le traité constitutionnel, proclame-t-il, tout est lié!"

Il triche un peu, bien sûr. Visitant au pas de charge, dans son opus "les Turqueries du grand Mamamouchi" (entendez Chirac), l'histoire des relations turco-européennes, il vante la victoire européenne de Lépante contre le sultan... En omettant de rappeler que la France, à l'époque, entretenait de bonnes relations avec la Porte et s'était bien gardée de participer à la coalition antiturque. Mais demande-t-on au poète de respecter l'histoire? Il cogne en vrac. Il joue gros. Un bon score du non le propulserait dans la cour des grands de la droite. "Ma carrière politique va vraiment commencer. Avant, au fond, je n'y étais pas vraiment. Trop pris par le Puy-du-Fou. Et je me serais fait tuer pour un bon mot. Je vais arrêter de moquer les gens pour le plaisir."

On ne le croit pas. Il aime trop cela. Son bonheur est dans le verbe, dans cette jouissance que lui procure visiblement la politique. Il ne fait pas semblant. Il harangue des élèves de l'X, un soir d'hiver sur le campus de Polytechnique. Après en avoir fini avec l'Europe, il leur raconte comment, alerté par des apiculteurs de son terroir, il est parti en guerre contre les insecticides Régent et Gaucho, qui décimaient les abeilles. L'histoire est vraie. Villiers a pondu un rapport dévastateur sur les molécules tueuses inventées par des multinationales. Sa période moralo-grenouille de bénitier de Combat pour les Valeurs ­ "pas mon meilleur moment", reconnaît-il ­ est oubliée. Elle l'a marquée durablement, l'inscrivant dans un paysage de droite extrême. Il est, au fond, plus complexe que cela. Depuis 1994, sa première grande campagne européenne, alors associé au milliardaire écolo Jimmy Goldsmith, il a mis du social dans le discours souverainiste. Il pourfend aujourd'hui la mondialisation au nom des humbles. Il décrit la directive Bolkestein avec des accents progressistes, imprégnés de catholicisme social. "La loi, c'est ce qu'on a inventé pour protéger les pauvres. L'Europe qu'on construit, c¹est le règne des riches et des puissants."

Ce soir-là, à Béziers, les bourgeois venus l'entendre font silence, impressionnés. Des représentants du MRC de Chevènement apprécient la dialectique. Etonnant? Pas forcément. Villiers n'est pas un simple réac. Sa nostalgie est plus large, et porte toute une France qui disparaît dans l'oubli. Une France patriote, dont est issue sa famille. Son père était un officier lorrain; officier et disciple de De Lattre de Tassigny, fait prisonnier en 1940, tentatives d'évasion, tortures infligées par les nazis. C'est pour rejoindre de Lattre que les Villiers se sont installés en Vendée après la Libération. Dans le panthéon de cette famille de soldats, de Lattre et Clemenceau pèsent autant et plus que l'antirévolutionnaire Charette. Mais la nostalgie de la patrie d'antan est-elle lisible dans le ciel européen?

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