L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Le 'oui' devient odieux : après Le Pen, Cavada dérape


« Ceux qui font la fine bouche devant la constitution européenne devraient avoir en mémoire les photos d'Auschwitz ». A l'évidence, Jean-Marie Cavada a gravement dérapé lors du Congrès de l'UDF. L'ancien patron de Radio France devenu eurodéputé s'est abandonné à une facheuse instrumentalisation de l’Histoire dans sa face la plus abjecte, au service… du « Oui » L'auteur de cet odieuse sentence serait bien inspiré d'expliciter en quoi la constitution préserverait l'Europe de la barbarie et en quoi ceux qui la refusent ou simplement hésitent, seraient coupables de complaisance à l'égard du IIIème Reich ! Mieux, il devrait se souvenir que les idéologies brune et rouge avaient en commun d'être supranationales. L'Europe n'a-t-elle pas assez souffert du supranationalisme pour que l'on s'emploie à le réhabiliter dans la folle entreprise fédérale ? L'Europe des nations, c'est la paix. L'Europe contre les peuples, c'est la guerre. Au fond, le diable qu'aime à invoquer si légèrement M. Cavada est-il dans le camp de ses adversaires, ou dans le sien ?




Le 'oui' devient odieux : après Le Pen, Cavada dérape
« Ceux qui font la fine bouche devant la constitution européenne devraient avoir en mémoire les photos d'Auschwitz ». Tels furent les propos de Jean-Marie Cavada rapportés par l’AFP dans une dépêche datée du 22 janvier relatant le congrès de l’UDF.

Au moment même où, en France comme dans le monde entier, l’on commémore le 60ème anniversaire de la libération des camps de la mort par l’armée rouge, la mémoire des victimes de la barbarie nazie semblait devoir imposer à tous respect, dignité et réserve – quelque opinion qu’on puisse avoir par ailleurs sur les formes de ces commémorations.

Or c’est ce moment qu’a choisi une personnalité médiatique en vue – avant d’être eurodéputé, M. Cavada était président de Radio-France – pour tenter une instrumentalisation de l’Histoire dans sa face la plus abjecte, au service… du « Oui » au projet de constitution européenne.

Car si les mots ont un sens – et nul doute que l’intéressé maîtrise parfaitement son langage – la phrase induit inévitablement deux idées.

La première est que ceux qui émettent des réserves (« qui font la fine bouche ») quant au traité européen soumis à ratification, et a fortiori ceux qui s’opposent à ce texte, seraient au fond indifférents ou oublieux – voire pire – face au génocide perpétré par l’Allemagne hitlérienne. Ces propos viennent en outre après ceux de Jean-Marie Le Pen, tendant à relativiser l’horreur de l’occupation. La boucle serait ainsi bouclée : d’un côté les opposants à la constitution européenne en projet, forcément suspects de proximité objective avec les pires turpitudes ou ceux qui banalisent celles-ci ; de l’autre ceux qui, par souci démocratique et humaniste, ne pourraient qu’approuver le dit projet.

La seconde idée se réfère à une interprétation très particulière de l’Histoire. Suggérer que l’adoption d’une constitution unifiant l’Europe serait de nature à éviter que ne resurgissent un jour les camps de la mort (tel est clairement le raisonnement invoqué), c’est affirmer que ces derniers avaient pour cause la « désunion » de l’Europe. Selon cette thèse, ce serait donc la « guerre civile européenne » qui expliquerait la barbarie, et non plus le national-socialisme, qui perd, dès lors, son caractère de phénomène spécifique, irréductible à aucun autre. On pourrait se demander si cette réécriture de l’Histoire à des fins de politique contemporaine ne constitue pas une forme perverse de révisionnisme.

Il reste qu’à triturer ainsi l’Histoire pour une bien mauvaise cause, M. Cavada, et ceux qui pourraient être tentés de le suivre dans cet inacceptable amalgame, prennent le risque que celle-ci ne leur saute à la figure. Contrairement aux absurdes contes de fée selon lesquels l’idée d’Europe serait née de la volonté d’après-guerre de réconcilier les peuples, on pourrait bien se souvenir que l’ambition de bâtir une « Europe nouvelle » est légèrement antérieure à 1945.

M. Cavada n’est pas seulement odieux. Il est également imprudent.

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