L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Le mythe de l’Europe puissance


Malgré tout le matraquage médiatique en faveur du OUI, les Français semblent réaliser l’extrême danger que fait peser la Constitution européenne sur leur propre destin. Déjouant la propagande des élites, ne se fiant qu’à leur solide bon sens populaire, prenant le contre-pied de la « réponse unique » suggérée par les eurocrates de Bruxelles, les Français demeurent insensibles au catastrophisme outrancier du camp du OUI, et conservant leur dignité malgré les insinuations scandaleuses portant sur une hypothétique proximité idéologique avec Le Pen ou Besancenot, les Français s’apprêtent à voter en leur âme et conscience, décidant seuls de l’adoption ou du rejet d’un texte potentiellement dangereux pour les fondements de notre République.




Le mythe de l’Europe puissance
Pourtant, malgré leur résistance remarquable face au tsunami de mensonges et de contre-vérité déversés par les canaux officiels, il semble qu’un mythe typiquement bruxellois noie, hélas, les esprits. Ce mythe, c’est celui de l’Europe économiquement puissante grâce à son unité politique.

Ainsi, à entendre les partisans du OUI, l’unité politique européenne permise par la Constitution stimulerait à long terme la croissance économique dont notre vieux continent a cruellement besoin. Et bien sûr, pour étayer leur thèse de l’Europe puissance, ces mêmes partisans citent la concurrence féroce des pays asiatiques, notamment de la Chine, contre laquelle seule une politique économique européenne cohérente pourrait s’avérer efficace. « Que pesons-nous, avec nos 60 millions d’habitants, face à plus d’un milliard de chinois », prétendent-ils avec une sincérité touchante ?

Et justement, qu’elle est la région du monde bénéficiant de la plus forte croissance économique ? L’Asie, évidemment.

Or quelle est la région du monde souffrant le plus de divisions politiques ? L’Asie, paradoxalement…

Car comment ne pas être frappé par le contraste saisissant entre la formidable expansion économique de cette région du monde, et la persistance de tensions politiques héritées de la guerre froide ? Comment ne pas s’étonner du climat de guerre silencieuse entre Taiwan et la Chine populaire, lequel climat délétère n’empêche nullement les entreprises taïwanaises d’investir massivement sur le continent et de générer du profit pour les deux pays ? Comment imaginer une seconde que l’unité politique entre le Vietnam et la Thaïlande, la Corée et le Japon, la Malaisie et les Philippines s’avère un préalable indispensable à l’expansion économique de l’Asie ?

Tordant le cou aux idées reçues, le contre-exemple asiatique prouve que l’unité politique ne crée nullement de facto de la croissance, et que les racines du progrès économique plongent dans des facteurs internes aux Etats, et non dans une quelconque convergence politique de pays économiquement rivaux.

Mieux : l’histoire économique suggère plutôt que la rivalité politique entre Etats, pourvu qu’elle ne dégénère en guerre ouverte, développe un sain esprit de compétition économique bénéfique pour l’ensemble des populations. Par exemple, les Grandes Découvertes du quinzième siècle n’auraient jamais existé si l’Espagne et le Portugal avaient partagé une hypothétique Constitution européenne qui aurait interdit toute forme de concurrence entre politiques commerciales nationales. De même, le patriotisme anglais de l’ère victorienne a accompagné la Révolution industrielle, etc.

Ainsi, quand elle s’impose contre l’avis des peuples, l’unité politique tend à étouffer l’esprit de concurrence entre entrepreneurs, systèmes économiques et fiscaux. Inversement, une rivalité politique contenue favorise l’esprit de compétition entre agents économiques, et la mise en place de systèmes rivaux sert de terreau fertile à la croissance. La division politique entre Etats, une chance pour la croissance ?

Comme toute région du monde, la croissance économique de l’Europe ne résulte nullement de son unité politique mais de facteurs internes aux nations. Et parmi les plus décisifs, figure l’esprit et le dynamisme de ses habitants. Ce dynamisme est soutenu par une culture de l’initiative qui a reculé en France depuis la généralisation de l’Etat Providence et la dévalorisation du travail entraînée par des réformes malheureuses. Cette culture de l’initiative et du travail n’est nullement incompatible avec une certaine dose de patriotisme, c’est-à-dire une propension à défendre nos valeurs et notre identité dans un sain esprit de concurrence et de loyauté.

D’un autre côté, le dynamisme d’un peuple est porté par sa jeunesse, aussi le vieillissement de l’Europe s’avère un motif d’inquiétude bien plus sérieux que le respect du pacte de stabilité. Pour redonner souffle à l’économie européenne, nous devons réfléchir aux moyens de redresser notre natalité, enjeu simple mais stratégique auquel une Constitution serait bien incapable de répondre.

Car rien dans cette Constitution ne promet un surplus de croissance pour notre continent. Plus généralement, les Français sentent bien que cette Constitution s’avère contraire aux aspirations légitimes des peuples. Etablie par une poignée d’experts sans légitimité populaire, négociée sans l’assentiment d’une véritable assemblée constituante, elle ne répond même pas à sa vocation première : assurer à des peuples souverains et librement consentants un cadre démocratique dans lequel ils pourraient s’épanouir.

Au lieu d’une Europe construite par les peuples pour les peuples, la Constitution entérine une vision de fonctionnaires et de technocrates éloignés des attentes populaires. En se mobilisant activement pour le NON, le peuple français s’apprête à mettre un terme à cette dérive dangereuse. A sa suite, de nombreux pays européens emprunteront cette voie historique du courage et de la lucidité. C’est parce que nous aimons l’Europe que nous disons NON à cette Constitution.

Constant Rémond

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