L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Le Non gaulliste prend la voix de Pierre Messmer



Membre éminent du Collectif pour une confédération des Etats d'Europe lancé le 9 novembre dernier, l'ancien Premier ministre Pierre Messmer, de l'Académie Française, a décidé de franchir une nouvelle étape dans son engagement contre la Constitution européenne. Rappelons quelques unes des grandes voix gaullistes qui l'entourent : l'ancien Chef de cabinet du Général de Gaulle Pierre Lefranc, l'Ambassadeur de France Pierre Maillard, les anciens ministres Jean Charbonnel, Jean Mattéoli, Gabriel Kaspereit, Christian de la Malène, le Professeur Christian Cabrol, l'Amiral Michel Debré et François Flohic.




Le Non gaulliste prend la voix de Pierre Messmer
"La Constitution européenne telle qu'elle est soumise à référendum est mauvaise pour la France", a déclaré le dernier Premier ministre de Georges Pompidou (juillet 1973-mai 1974) lors de l'assemblée générale annuelle de l'association "Présence et action du gaullisme", tenue le 29 janvier dernier et dont le compte-rendu a été diffusé mercredi : " Le texte du projet est trop long, rendant sa lecture et sa compréhension difficiles. Sur le fond, ce projet est dangereux car il élargit le domaine des compétences déléguées en priorité à la commission puis au parlement. Des risques de blocage sont à craindre. Ceux-ci peuvent conduire à une paralysie générale qui ne peut que croître avec l’élargissement progressif de l’Europe. Assurément, ce projet est mauvais pour la France : actuellement un seul commissaire la représente avec une perspective de suppression comme le prévoit le texte. La vie quotidienne des Français s’en trouvera affectée. Il est également à souligner que nous assisterons dés 2007 à la disparition de la "Politique Agricole Commune". Pour ce qui concerne l’Industrie, le projet constitutionnel ne comporte aucune règle sur les lois sociales face au dumping provoqué par la concurrence des pays les plus pauvres par rapport à ceux de la vieille Europe. En conclusion, M. Pierre Messmer déclare que la Constitution Européenne telle qu’elle est soumise à référendum est mauvaise pour la France et qu’il n’y a pas lieu d’imaginer une catastrophe si le Non l’emporte. Sur ce dernier point, le Président évoque le cas de l’Angleterre et des aménagements particuliers dont elle a bénéficié au cours de ses différents refus." M. Messmer, âgé de 89 ans, n'a pas l'intention de faire campagne du fait de ses fonctions de chancelier de l'Institut de France, qui l'astreint à un devoir de réserve, a précisé Philippe Nivet-Doumer, secrétaire général de Présence et action du gaullisme. Les gaullistes de l'UMP, partisans du "non", ont applaudi la prise de position de l'ancien Premier ministre. Le député UMP Nicolas Dupont-Aignan, qui a publié le compte-rendu de l'assemblée générale de Présence et action du gaullisme en se prévalant de l'autorisation de Pierre Messmer, y a vu "une bonne nouvelle pour tous ceux qui sont attachés à une certaine idée de la France".

De Gaulle dans le texte


Conférence de presse du 15 mai 1962

"C'est sur des éléments d'action, d'autorité, de responsabilité qu'on peut construire l'Europe. Quels éléments ? Eh bien, les Etats ! Car il n'y a que les Etats qui soient à cet égard valables, légitimes et capables de réaliser. J'ai déjà dit et je répète, qu'à l'heure qu'il est, il ne peut pas y avoir d'autre Europe que celle des Etats, en dehors naturellement des mythes, des fictions, des parades. Ce qui se passe pour la Communauté économique le prouve tous les jours, car ce sont les Etats, et les Etats seulement qui ont créé cette Communauté économique, qui l'ont pourvu de crédits, qui l'ont dotée de fonctionnaires."

Extrait des "Mémoires d'Espoir", Plon, 1970

"Ainsi commencée, la mise en œuvre du Marché commun va donner lieu à un vaste déploiement d’activités, non seulement techniques, mais aussi diplomatiques. En effet, l’opération, indépendamment de sa très grande portée économique, se trouve enveloppée d’intentions politiques caractérisées et qui tendent à empêcher la France de disposer d’elle-même. C’est pourquoi, tandis que la Communauté se bâtira dans les faits, je serai, à plusieurs reprises, amené à intervenir pour repousser les menaces qui pèsent sur notre cause. La première tient à l’équivoque originelle de l’institution. Celle-ci vise-t-elle – ce qui serait déjà beaucoup ! – à l’harmonisation des intérêts pratiques des six Etats, à leur solidarité économique vis-à-vis de l’extérieur et, si possible, à leur concertation dans l’action internationale ? Ou bien est-elle destinée à réaliser la fusion totale de leurs économies et de leurs politiques respectives afin qu’ils disparaissent en une entité unique ayant son Gouvernement, son Parlement, ses lois, et qui régira à tous égards ses sujets d’origine française, allemande, italienne, hollandaise, belge ou luxembourgeoise, devenus des concitoyens au sein de la patrie artificielle qu’aura enfantée la cervelle des technocrates ? Il va de soi que, faute de goût pour les chimères, je fais mienne la première conception. Mais la seconde porte tous les espoirs et toutes les illusions de l’école supranationale. Pour ces champions de l’intégration, l’ « exécutif » européen existe déjà bel et bien : c’est la Commission de la Communauté économique, formée, il est vrai, de personnalités désignées par les six Etats, mais qui, cela fait, ne dépend d’eux à aucun égard. A entendre le chœur de ceux qui veulent que l’Europe soit une fédération, quoique sans fédérateur, l’autorité, l’initiative, le contrôle, le budget, apanages d’un gouvernement, doivent désormais appartenir, dans l’ordre économique, à ce chœur d’experts, y compris – ce qui peut être indéfiniment extensif – au point de vue des rapports avec les pays étrangers. Quant aux ministres « nationaux », dont on ne peut encore se passer pour l’application, il n’est que de les convoquer périodiquement à Bruxelles, où ils recevront dans le domaine de leur spécialité les instructions de la Commission. D’autre part, les mêmes créateurs de mythes veulent faire voir dans l’Assemblée, réunissant à Strasbourg des députés et des sénateurs délégués par les Chambres des pays membres, un « Parlement européen », lequel n’a, sans doute, aucun pouvoir effectif, mais qui donne à l’ « exécutif » de Bruxelles une apparence de responsabilité démocratique".

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