Vendredi 09 Mai 2008
15:14
Accueil

Inscrivez ici votre @dresse e-mail
 

http://www.observatoiredeleurope.com/download/15_points_pour_la_renegociation.pdf

L'ObsE en direct sur votre site/blog ? (clic gauche)
index.php?action=syndication



http://www.observatoiredeleurope.com/index.php?action=soumettre&type_soum=soum_annuaire&id_soum=1567


Home  >  TRIBUNE

TRIBUNE

La leçon oubliée de Friedman


On a finalement assez peu parlé du décès de Milton Friedman, comme si la page avait déjà été tournée depuis bien longtemps. On peut ne pas partager les conclusions politiques que cet esprit brillant a tirées de son analyse économique. On peut critiquer ses théories. Mais on ne peut pas nier que le père du monétarisme fut un grand savant qui a considérablement fait progresser la réflexion économique. A une époque où, faute d'un minimum de culture économique, on fait dire tout et n'importe quoi au monétarisme, il n'est pas inutile de revenir sur une oeuvre aussi monumentale et sur les leçons qu'on peut en tirer. Car, si le monétarisme est une pensée mal comprise, ce n'est pas une pensée morte.



par Henri Guaino

La leçon oubliée de Friedman

Contrairement à la théorie keynésienne de la monnaie qui privilégie l'arbitrage entre les actifs financiers et les liquidités, Friedman explique que la monnaie s'échange contre tous les biens et que, par conséquent, c'est le niveau général des prix qui détermine la valeur de la monnaie. Pour Keynes, les impulsions monétaires transitent par le taux d'intérêt. Pour Friedman, elles transitent principalement par le niveau des prix. Cette vision de la monnaie comme intermédiaire des échanges plutôt que comme un actif soumis à une logique de gestion de portefeuille fait de Friedman l'héritier de la tradition néoclassique et de la théorie quantitative de la monnaie. Contrairement à Keynes, Friedman distingue les variables nominales et les variables réelles. Comme les néoclassiques, il pense qu'au bout du compte, une fois dissipées toutes les illusions monétaires, une augmentation de la quantité de monnaie en circulation fait monter les prix sans affecter les variables réelles. Plus de monnaie, c'est finalement plus d'inflation et pas moins de chômage. On pourrait être tenté de croire qu'il se rallie à la vieille conception de la monnaie comme un voile posé sur l'économie réelle.

Sa pensée est tout autre. En effet, si de sa théorie de la demande de monnaie il déduit bien que l'inflation est un phénomène essentiellement monétaire et que la maîtrise de la hausse continue du niveau général des prix passe obligatoirement par la maîtrise de l'offre de monnaie, il n'en déduit pas pour autant que la monnaie est toujours neutre. Bien au contraire. A court terme, le comportement de demande de monnaie n'est pas stable, ou, pour dire les choses autrement, la vitesse de circulation de la monnaie évolue à court terme de façon difficilement prévisible. C'est la raison pour laquelle il est impossible à ses yeux de piloter avec précision la conjoncture avec la politique monétaire. On pourrait cependant s'attendre à ce que les effets de cette instabilité transitoire de la demande de monnaie soient peu importants et rapidement dissipés. Il n'en est rien. Dans son Histoire monétaire des Etats-Unis, Friedman soutient le contraire. Il montre que l'aggravation de la grande crise au début des années 1930 est due à une erreur de politique monétaire de la Federal Reserve américaine, qui a contracté la masse monétaire au moment où la très forte demande de monnaie aurait, au contraire, exigé que la liquidité des banques soit accrue. Les conséquences furent, on le sait, catastrophiques. On mesure à quel point la notion de court terme en économie est ambiguë. On mesure aussi de quelle ampleur peuvent être les effets réels d'un mauvais pilotage monétaire.

C'est sur cette analyse historique que Friedman appuya son aversion pour les politiques conjoncturelles discrétionnaires, mais aussi pour les banques centrales indépendantes. Il leur préférait une norme de croissance automatique de la masse monétaire au motif que, même si cette règle n'était pas parfaite, « le mieux est l'ennemi du bien ». En tout cas, il est faux de dire que l'indépendance de la BCE est fondée sur la théorie monétariste. Il est tout aussi faux de qualifier de monétariste une politique monétaire qui est conduite comme si la monnaie ne pouvait jamais avoir d'effets réels significatifs. La leçon friedmanienne nous enseigne exactement l'inverse, à savoir que les effets désastreux d'une mauvaise politique monétaire peuvent être sans limite.

Friedman nous a appris à combattre l'inflation par la rigueur monétaire et la déflation par la création de monnaie. Il nous a appris aussi, soit dit en passant, l'importance des anticipations et l'utilité de l'indexation de tous les contrats pour réduire le coût économique et social des politiques anti-inflationnistes ainsi que le lien étroit qui existe entre la politique monétaire et le cours de change. Il nous a appris à méditer les leçons de l'histoire monétaire et à relativiser beaucoup la notion de neutralité de la monnaie. Il nous a appris à nous interroger sans cesse sur notre capacité à régler finement la conjoncture. Il nous a appris à quel point l'indépendance absolue des banques centrales peut avoir un effet pervers. Quel dommage que les apprentis sorciers de la politique monétaire qui ont appris de lui à lutter contre l'inflation ne l'aient pas lu jusqu'au bout ! Ils y auraient appris aussi que, si la monnaie ne peut pas à elle seule durablement créer de la prospérité, elle peut à elle seule en détruire beaucoup et pour longtemps quand elle est mal gérée.

Craignons que les apprentis sorciers ne nous refassent un jour ou l'autre le coup de la Fed au début des années 1930.

HG

Chronique parue dans Les Échos le 28 novembre 2006

Jeudi 07 Décembre 2006
Lu 10690 fois

AccueilAccueil    Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    ImprimerImprimer    Taille +Taille +    Taille -Taille -

ACTUALITE | TRIBUNE | DOCUMENT | REFERENDUM | CAMPAGNE DU NON

Dans la même rubrique :
La douleur du membre fantôme

Après Lisbonne, quelle défense pour quelle politique étrangère ?

EADS et Airbus au service du bloc atlantique ?

Une spéculation d’avenir : l’élevage du baudet du Poitou

Le Traité Européen détruit la démocratie et instaure le féodalisme

Indépendance du Kosovo : la boîte de Pandore des séparatismes ethniques ?

Traité européen : que s'est-il passé ?

Les élites françaises : cyniques ou stupides ?

Le mépris des principes est la cause des malheurs publics

Le songe européen d'Attali

Le Parlement peut-il désavouer le peuple ?

La France sans pouvoirs publics ?

«L’Europe de Sarkozy est antidémocratique»

Jean-Louis Bouche d'Or

Jean-Louis Bouche d'Or - 17/12/2007


Un 'double coup d'Etat'

Gagner plus ? Trois obstacles.

L'ethnicisme contre la nation

Le peuple victime d'un vice du consentement ?

L’éternel retour du ouisme

Non à une Constitution « bis » !, par Jean-Pierre Chevènement

'Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils'

L'eurocrate, le souverainiste et le plombier polonais

Haute trahison

Haute trahison - 17/10/2007


Les Parlements nationaux, grands perdants du futur traité européen

Fédéralisation de l'Europe : après le camouflet, le camouflage

'Une forfaiture qui dénie le suffrage universel'

La France face à la question belge

Turquie : le reniement

Turquie : le reniement - 30/08/2007


Un 'coup d'Etat constitutionnel'

Un mauvais coup contre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

A la veille du sommet de Bruxelles, l'Europe que les peuples demandent

Incorrigible Parlement européen !

Derrière la Constitution européenne, d’autres menaces se précisent

La nouvelle présidence sous oriflamme européiste

Pays-Bas : la tentation gaulliste

L'Union européenne : ils la changent ou on la quitte

Le protectionnisme européen au coeur du Non

Airbus/Eads : comment on en est arrivé là

La laïcité menacée par les textes de l’Union européenne

Bilan d’un euro cher

Bilan d’un euro cher - 08/03/2007


Bon courage, l’Europe !

Pourquoi nous lançons un défi public à l'intégrisme libre-échangiste

L’architecture du bloc euro-atlantique

Paneurope et souveraineté nationale, deux concepts antinomiques

Le vote du 29 mai sera pulvérisé d'ici à 2009

L'Europe par la preuve

L'Europe par la preuve - 18/12/2006


L’édification de l’Europe par l’intoxication des lycéens

Immigration : le coût de l'irresponsabilité

L'avenir de la souveraineté populaire

Moyen-Orient : comment l'Europe nous réduit à l'impuissance

Chronique d'un coup d'Etat annoncé

'On nous présente toujours l'Europe comme la solution aux problèmes qu'elle pose'

Le patriotisme économique est-il en train de bouleverser la mondialisation ?

Le Pentagone redessine le monde

Nos industries s'affranchissent de la nouvelle ligne Maginot européenne

Pour une grande réforme de l'Euro, par Jacques Sapir

L'ère démocratique est-elle finie ?

Proche-Orient : la position de la France est 'en train de s’imposer'

La France doit dénoncer la PESC et refuser de payer le chèque britannique

Montréal pris au piège du multiculturalisme

La souveraineté de la nation est-elle dépassée ?

Quelles garanties dans la Constitution française contre l'Europe supranationale ?

Bruxelles, ce Kremlin du XXIe siècle, par Paul-Marie Coûteaux

A quand l'ouverture vers une Europe démocratique ? par Georges Berthu

Un an après

Un an après - 29/05/2006


Faut-il importer le multiculturalisme en France ?

De l'Europe des nationalités à l'Europe des tribus

Accès de corporatisme supranational

Redire un « non » qui n’a pas été entendu

La France selon Nicolas Sarkozy

Sens et perspectives du Non

La 'préférence européenne' relancée par le Prix nobel d'économie Maurice Allais

Europe : en finir avec le défaitisme, par Hubert Védrine

Rien appris, rien compris...

'Par delà la grande diversité des expressions politiques, il y a une pépite qui nous appartient à tous'

Le débat sur l'avenir de l'Euro n'est plus tabou

Pour un Non d’espérance : l'Appel des parlementaires UMP du non

Ne devenons pas 'aquabonistes'

Appel des juristes pour le Non

Le mythe de l’Europe puissance

Quinze propositions pour une Europe des démocraties : adresse au Président de la République

'Ce qu'ils redoutent, c'est le réveil des peuples', Marie-France Garaud

L'Europe divine, par Jean Baudrillard

'Renonçons à la Constitution européenne et lançons un véritable débat sur l'avenir de l'Europe'

Pour construire une autre Europe

La preuve

La preuve - 17/05/2005


Qui sont et où sont les bons européens ?, par Paul Thibaud, Philosophe

Aveuglement, par Maurice Allais, Prix nobel d'économie

La fin de la diplomatie française

Pourquoi on en prend pour cinquante ans

Renégociation : ce n'est pas qu'ils ne peuvent pas, c'est qu'ils ne veulent pas

Les projets politiques sous-jacents, par Georges Berthu

L'heure est au choix radical, par Elizabeth Montfort

10 affirmations du 'oui' passées au crible

Comment le Non peut tout changer

Que restera-t-il des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ?

Cinq fois Non ! par Anne-Marie LE POURHIET, professeur de droit public

La géopolitique secrète de la 'constitution' européenne

Cinq fois non !, par Anne-Marie Le Pourhiet

Ce que nous aurions demandé à Jacques Chirac

'Vers une Europe sociale' ? Réponses aux mensonges du 'oui' - Fiche n°3

Pour une Europe lumière du monde, par Nicolas Dupont-Aignan

Les 'vérités' successives de Michel Barnier, par Philippe de Villiers

'Un débat sans rapport avec la Turquie' ? Réponses aux contre-vérités du 'oui' - Fiche n°2

Si la France reprenait la main...

Cette mauvaise constitution révèle un secret cancer de notre démocratie

'Une Europe plus démocratique' ? Réponses aux contre-vérités du 'oui' - Fiche n°1

Du bon usage du Non, par Jean-Pierre Chevènement

Turquie : c'est le 29 mai ou jamais.

Les enfants d'Europe méritent-ils ça ?

'Le Président ne sera plus que le fantôme d'une République évanouie'

Un super-Etat contre la Démocratie ?

Qui veut de la post-démocratie ?, par Anne-Marie Le Pourhiet

'Le pays qui dira Non imposera sa voix en Europe'

Pourquoi il faut voter Non le 29 mai

Comment la Constitution européenne prépare l'adhésion de la Turquie

Pourquoi voter 'Non' à l'entrée de la Turquie

'Nous lançons aujourd’hui la chaîne du Non pour une France qui veut vivre !', Nicolas Dupont-Aignan remonte sur son cheval...

Jacques Myard prend date : 'Le prochain Président sera souverainiste ou ne sera pas ! '

Bolkestein : la preuve

Bolkestein : la preuve - 04/03/2005


L'Union des illusionnistes, par Max Gallo

Le très populaire Président de la République Tchèque s'engage pour le 'Non'

La Constitution européenne et le libre-échangisme

La Constitution européenne consacre les bases juridiques de la Directive Bolkestein


L'Union européenne contrôlée par la Turquie et l'Allemagne ?

Les parlements nationaux sont-ils en train de se saborder ?

'Bruxelles veut-il créer de l'irréversible ?' par Philippe de Villiers

Révision : députés et sénateurs ont commencé à transformer la Constitution française en Règlement intérieur

Le 'consentement de la France' et l'incessante dérive de la jurisprudence communautaire

Ne m'appelez plus jamais 'Europe' !

Débat Lang-Villiers : du oui-oui au non-non

Turquie et constitution européenne sont une seule et même question

7 raisons de voter Non

7 raisons de voter Non - 18/01/2005


Plaidoyer de Nicolas Dupont-Aignan contre l'entrée de la Turquie et la constitution européenne


Les pièces de l'engrenage institutionnel en marche

Dire non à l'impuissance et la vassalisation des nations européennes

Europe : pourquoi l'UMP ne doit pas laisser partir les gaullistes

Moyen-Orient : le monde attend la France

Sauvons l'Europe de la folie fédérale