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Mardi 26 Avril 2005

La République et les médias réquisitionnés par le Parti du Oui


Imaginez un pays où le parti au pouvoir mettrait l'essentiel de la machine d'Etat, des moyens financiers publics et du temps d'antenne télévisé, au service de sa propre campagne de réélection. Imaginez que ce même parti explique toute la journée à son peuple que son projet incarne le "bien total" et expédie dans un champs de maïs tous ceux qui s'aventurent à le critiquer. Imaginez que c'est ce parti qui gouverne le pays depuis au moins trente ans avec pour ainsi dire les mêmes dirigeants, les mêmes choix fondamentaux pour les mêmes résultats. Et pourtant, vous n'êtes pas dans une fiction d'Aldous Huxley... Ce pays : c'est la France de 2005, ce parti : c'est celui du "oui" avec ses courants (Ump, Ps, Verts, Udf...survivance de l'ancienne carte politique Française).


La République et les médias réquisitionnés par le Parti du Oui

70% du temps d'antenne télévisé

Pour entrer dans l'ère post-démocratique promise par la Constitution européenne, il faut forcément violer un peu les foules - et celles de France ont démontré dans l'Histoire qu'elles pouvaient être très coriaces... - c'est à dire réduire le "débat démocratique" à sa plus simple expression.
L'imposture est telle que nous avons pressenti dès le lancement du site qu'il faudrait y consacrer une rubrique entière intitulée "Partialité".



Le comptage des intervenants selon « Arrêts sur images »
Des chiffres qui ont valeur d’indice (pas plus, pas moins). Ils sont accablants.



Lors de l’émission « Arrêt sur images » du 10 avril 2005, la séquence consacrée à « l’info-chronométrage du mois de mars 2005 » (Comptabilisation d’Aurélie Windels, présentée par Perrine Dutreil) proposait les chiffres suivants sur le nombre d’intervenants à la télévision sur le Traité constitutionnel européen entre le 1er janvier et le 31 mars 2005 :

Toutes émissions confondues (JT, émissions politiques, émissions de divertissement)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 29%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 71%

Dans les journaux télévisés
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 27%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 73%

Dans les émissions politiques

-> Même répartition pour « Question ouverte » (France 2), « Face à la Une » (TF1), « Le Vrai journal » de Karl Zéro (Canal plus)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 33%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 67%

-> « France Europe Express » (France 3)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 30%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 70%

-> « 100 minutes pour convaincre » (France 2)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 50%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 50%

Dans cette dernière émission, « on a l’impression en revanche d’une grande équité », indiquait Perrine Dutreil qui corrigeait aussitôt : « Mais ce n’est qu’une illusion » puisque, précisait-elle, les invités principaux étaient des partisans du « Oui » (Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn...), alors que les partisans du « Non » n’arrivaient qu’en toute fin d’émission « pour un temps de parole restreint » (Philippe de Villiers, Jean-Pierre Chevènement...).

On ne peut également s'empêcher d'évoquer l'émission-phare de la propagande européiste "France Europe Express" sur France 3 (cela fait beaucoup d'évocation de la "France" pour une rédaction si pressée d'en finir avec elle), où le siège de l'invité principal n'a jamais été occupé par un défenseur du "non", lequel doit se contenter d'un strapontin d'où il doit affronter, outre l'invité principal du "oui", les trois journalistes Mme Ockrent ("oui"), M. Blier ("oui"), M. July ("oui"), un "expert" soi-disant indépendant mais toujours favorable au... "oui", tel ou tel invité secondaire en plateau ou en duplex de Bruxelles faisant la campagne du..."oui" etc.

Les chiffres ici cités sont accablants. Encore ne sont-ils que des indices.

- Ils ne disent rien des temps de parole et surtout des conditions d’expression des divers protagonistes (Quel était le contexte de chaque intervention ? Quelles questions leur ont été posées ? Quelle était l’attitude des journalistes ?)

- Ils ne prennent pas en compte la place occupée par les chroniqueurs et éditorialistes (Regardez LCI ou "France Europe Express" par exemple...)

- Ils sont une « coupe » (certes de trois mois) dans des années de diffusion totalement disproportionnée des opinions politiques aujourd’hui cristallisées dans les arguments favorables au « Oui ».

Désormais, depuis le 4 avril, les chaînes de télévision sont invitées à respecter les règles édictées par le CSA qu’un mot, d’une imprécision toute jésuitique, suffit à résumer : «équité ».
Il est possible - mais pas sûr - qu’un certain « équilibre » soit désormais respecté, du moins en ce qui concerne le nombre et les temps de parole des intervenants.
Mais faudra-t-il oublier, une fois l’élection passée (comme après les mobilisations sociales de 1995 et de 2003, par exemple) que le pluralisme pratiqué par les médias dominants cultive, en règle générale, une diversité à sens unique ?


La République et les médias réquisitionnés par le Parti du Oui

Les moyens de la propagande

1) Au niveau national

C'est une campagne dite "d'information" de 7 millions d'euros que mène le Gouvernement. A y regarder de près, il s'agit d'une campagne déguisée, de propagande pure et simple en faveur du "oui", à travers les opérations décrites ci-dessous. Ces 7 millions d'euros sont donc à additionner aux 800.000 euros perçus par les partis du camp du "oui" (PS+UMP+UDF/Verts).

Depuis le 15 mars 2005, le journal « L’Hémicycle » a édité 5.300 000 exemplaires du texte constitutionnel, auquel est annexé le long Rapport du Parlement européen (en caractères plus gros) vantant évidemment les mérites du texte. Ces exemplaires ont été diffusés :

o Dans les 14 000 bureaux de postes (2 millions d’exemplaires).
o Dans les supermarchés « Casino » (1 million d’exemplaires).
o Dans les 21 000 mairies de moins de 500 habitants (210 000 d’exemplaires).
o Dans toutes les préfectures (400 000 d’exemplaires).
o Par le biais d’encartages dans les quotidiens « Métro » et « 20 minutes » (750.000 exemplaires).
o Sur demande par le biais du numéro azur (100 000 exemplaires).

Cerise sur le gâteau du "oui" : ces 5.300.000 exemplaires ont été commandés de gré à gré, sans l'appel d'offre obligatoire, du fait du "délai trop court"... Des suites judiciaires sont attendues.

La diffusion de brochures. Depuis le 29 octobre dernier, la brochure très partiale en faveur du "oui" « Constitution, mode d’emploi » a été diffusée à 83 000 exemplaires auprès d’un "public relais", comprendre : journalistes, parlementaires, associations.

Près de 1 600 000 euros ont déjà été attribués à une centaine d’associations et organisations, toutes favorables au "oui", naturellement.

Une opération intitulée « Amphis Europe » a été organisée pour mobiliser les étudiants. Pour y parvenir, 24 semaines de débats sont organisées par des associations étudiantes dans 24 villes universitaires.

Une autre opération "l'Europe dans nos assiettes" à destination des étudiants est organisée par les CROUS de France (restaurants universitaires) consistant à l'imprimer sur les assiettes des messages relatifs à la constitution européenne

Du 2 avril au 30 avril, 3 bus sillonnent les routes de France. Ces bus sont composés de 4 animateurs, de bornes Internet et de plusieurs brochures. Cette action a été réalisée par le CIDEM (regroupement de 11 associations) en partenariat avec la Commission européenne.

Depuis le 10 janvier dernier, un centre d’appel téléphonique est opérationnel. A ce jour, plus de 140 000 appels ont été enregistrés avec une moyenne de 3 500 appels par jour. Il est joignable au 0810 2005 25. Les "télé-opérateurs" qui répondent sont des juristes de formation, qui ne se contentent pas d'une lecture descriptive et utilisent des argumentaires orientés : " ce débat n'a rien à voir avec celui sur la Turquie qui fera l'objet d'un référendum obligatoire ultérieur " ; " ce texte donne des droits nouveaux aux Parlements nationaux et aux citoyens avec le droit de pétition " etc...

Depuis décembre dernier, un site « constitution-europeenne.fr » a été crée. Il a reçu à ce jour plus de 850 000 visites. On y trouve des forums en ligne et on peut télécharger :

o Le texte du traité.
o Des brochures.
o Différents argumentaires favorables à la Constitution et la campagne référendaire.
o Des liens vers d'autres sites, ceux du "Non" venant subitement d'être réduits à portion congrue.


Du 30 mars au 15 avril, une campagne télévisée a été mise en place dans laquelle on y fait la promotion du numéro du centre, du site Internet, de la date du referendum.

Des spots d’une durée de 23 secondes sont diffusés sur l’ensemble des chaînes hertziennes, des chaînes DOM, des chaînes locales et des chaînes du câble et du satellite. L’objectif du Gouvernement est de couvrir environ 77% de la population avec une répétition de 4,2.

Des intervenants spécialisés sur l’Europe. La « Mission Europe » du Ministère des Affaires étrangères tient à la disposition des parlementaires et des élus locaux du "oui" une liste d’intervenants possibles, prêts à témoigner de leur expérience et de leur connaissance de l’Europe et de la Constitution, lors de réunions publiques thématiques.


2) Au niveau européen

8 millions d'euros ont été annoncés par la Commission, le 16 février 2005, pour une "campagne positive sur la Constitution". Dont acte.

Un mois plus tard, le Parlement européen (commission des budgets) a voté un transfert de crédits de 7,6 millions d'euros pour la campagne du "oui". L'exposé des motifs est limpide: expliquer aux Français " les avantages que la Constitution aura sur leur vie quotidienne ", en veillant à la coopération avec les medias audiovisuels.

Lors de la réunion de l'intergroupe fédéraliste à Strasbourg le 23 février dernier, les moyens annoncés de propagande du "oui" laissent rêveurs : produire des émissions radio-télé, afficher dans les gares, dépêcher des commissaires européens dans les meetings, payer de la publicité avec des joueurs de football, faire pression sur les patrons de journaux et de chaînes...

Pour comparer, imaginons que l'UMP détourne les budgets propres de l'Assemblée nationale et du Sénat pour financer ses campagnes présidentielles et législatives ?! Pour le référendum du 29 mai, nous en sommes là.

Au total et selon le Journal Officiel des Communautés Européennes du 8 mars 2005, le budget de communication engagé pour des actions de promotion du projet de Constitution stricto sensu, représente 9.000.000 d'euros votés (chapitre 2503.02, vol II p 1309) dont 7.185.000 euros engagés pour des actions liées au débat sur l'avenir de l'Union européenne, auxquels s'ajoutent 7.680.000 euros votés et engagés en totalité (chapitre 2727, sect I PE) pour des actions liées à la ratification de la Constitution européenne, soit au total près de 15.000.000 d'euros pour nous faire avaler le Traité.


Mardi 26 Avril 2005

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