L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
Mardi 9 Mars 2010
Analyse

La France doit dénoncer la PESC et refuser de payer le chèque britannique


La situation tourne au carnage au Liban et les crimes de guerre s’y multiplient. Les Américains — qui pilotent en sous-main toute cette opération — n’ont absolument aucune intention de l’arrêter. L’objectif de George Bush, qui joue au « docteur Folamour », est de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang afin de le « redessiner » à sa convenance (1).



La France doit dénoncer la PESC et refuser de payer le chèque britannique

Derrière les faux-semblants de discussion de Mme Rice, les Américains accélèrent donc leur fourniture à l'armée israélienne de bombes et d'armements hyper sophistiqués. Tout cet arsenal est envoyé en urgence par Boeings 747 qui font escale, pour se recharger en carburant, au Royaume Uni (2). D'ailleurs, le Royaume-Uni, main dans la main avec les États-Unis, a refusé d'exiger un cessez-le-feu : il s'agit donc d'un plan guerrier parfaitement coordonné entre Londres et Washington. Notons au passage que le « redessinage » prévu pour le Moyen-Orient aura notamment pour objectif d'y faire disparaître toute influence française.

Chirac vient de « condamner l'acte de violence qui a coûté la vie à de nombreuses victimes innocentes, notamment des femmes et des enfants à Cana cette nuit » . Et ils précise que « la France condamne cette action injustifiable qui montre plus que jamais la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu immédiat sans lequel d'autres drames ne peuvent que se répéter » . Cette « condamnation » chiraquienne est risible et pitoyable car, on vient de le voir, au même moment les Britanniques rechargent en kérosène les Boeings 747 de l'armée américaine chargés de fournir le ravitaillement en bombes et munitions. En outre Chirac vient de décider d'envoyer le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, à Beyrouth, pour exprimer « la solidarité » de la France aux Libanais. Voilà qui va leur faire une belle jambe !

Conclusion : Chirac et la France n'ont sans doute pas les moyens militaires et diplomatiques d'imposer le cessez-le-feu mais au moins la France pourrait rester digne et adopter le discours suivant à destination du Royaume-Uni :

a) en vous alliant avec les États-Unis contre une majorité d'Etats européens, vous violez les articles J1 alinea 4, J2 alinea 3 et J5 alinea 4 du traité de Maastricht,

b) cette violation du droit international des traités ne saurait être acceptée sans réaction par la France, d'autant que les agissements britanniques ont pour effet de tuer des centaines de civils libanais innocents et que la France a un devoir historique de protection des populations libanaises.

c) en conséquence de quoi, la France décide :
— de considérer désormais à son tour comme caduques les dispositions des traités européens fixant le cadre d'une Politique étrangère et de sécurité commune (PESC),
— et de déduire de ses versements au budget européen les 4,7 milliards d'euros qui servent à financer le fameux « chèque britannique » indûment versé au Royaume-Uni depuis vingt-deux ans (et contre lequel le même Jacques Chirac ne cesse de protester d'ailleurs).

Parce que être couillonné est une chose. Mais financer les complices des assassins des gens que l'on est censé protéger en est une autre.

Voilà comment, en de telles circonstances, aurait parlé et agi Charles de Gaulle.


François Asselineau


(1) Comme il l'a annoncé à demi-mot : « Le conflit actuel au Proche-Orient est douloureux et tragique. Mais c'est aussi une occasion pour de grands changements dans la région », a-t-il déclaré dans son allocution radiodiffusée hebdomadaire.

(2) Deux avions-cargo américains à destination d'Israël devaient faire escale dans la nuit de samedi à dimanche à l'aéroport écossais de Prestwick-Glasgow après avoir reçu cette fois le feu vert de Londres, a annoncé l'autorité de l'aviation civile britannique (CAA). Les deux 747 gros porteurs, qui effectuent une escale de ravitaillement en Ecosse entre le Texas et Tel-Aviv, transportent « des matériels dangereux » pour lesquels ils ont reçu les autorisations, a indiqué la CAA sans préciser la nature exacte des matériels embarqués. Les appareils devaient faire escale respectivement tard samedi soir et tôt dimanche matin à Prestwick-Glasgow, a précisé un porte-parole de la CAA.

Lundi 31 Juillet 2006

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