L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

Fondé en 2005 - Plus de 2 400 articles en accès libre

L'indépendance de la Flandre, avec la bénédiction européenne



"N'ayez pas peur". Après sa victoire aux élections fédérales belges, Bart de Wever, patron de la NVA (Nouvelle Alliance flamande) a tenté de rassurer les francophones en citant le Pape Jean-Paul II.




L'indépendance de la Flandre, avec la bénédiction européenne

Elections fédérales belges : vers une séparation de corps à l'amiable ?


C'est peu dire que l'homme fort de la Flandre se veut plus catholique que le Pape en matière d'intégration européenne et de désintégration nationale. Un positionnement détonnant venant d'un parti qualifié de conservateur et de nationaliste, qui ornait ses affiches électorales d'un lion flamand entouré de douze étoiles d'or sur fond bleu. Tout un symbole. Plus détonnant encore, la NVA appartient au Groupe des Verts au Parlement Européen : si elle est en effet peu réputée pour ses accointances idéologiques avec le gauchisme, elle partage en revanche avec ce groupe parlementaire l'idée d'une Europe construite autour de régions ethniquement et culturellement homogènes. Une façon, en somme, de mieux démanteler les Etats. Bart de Wever ne fait d'ailleurs pas mystère de ses convictions sur le sujet : récemment, il déclarait que l'Europe et les grandes régions confédérées sont appelées à devenir les "deux niveaux de compétence les plus importants". Tentant de rassurer les francophones, il ajoutait: "Nous ne voulons pas la révolution. Nous ne voulons pas proclamer l'indépendance de la Flandre du jour au lendemain. Mais nous croyons néanmoins en une évolution progressive (des pouvoirs) vers la Flandre et l'Europe, et dans cette évolution, le système confédéral peut constituer une étape douce". Bref, une "étape" vers l'indépendance à mots couverts. 

La complicité des francophones ? 

Bart de Wever est sur le point de réaliser un coup de maître. Alors que les francophones attendaient depuis 1979 de prendre la tête du Gouvernement belge, il se déclare prêt à offrir sur un plateau le poste de Premier Ministre au vainqueur des élections en Wallonie, le socialiste Elio di Rupo, considéré comme étant un Wallon relativement ouvert sur la régionalisation. Une concession sans grande importance pour la NVA, puisque la Belgique est appelée à devenir une coquille vide chapeautant deux gouvernements autonomes, ce qui induit notamment la séparation des régimes de Sécurité sociale, grand sujet de discorde entre francophones et flamands, ces derniers se plaignant d'assister la Wallonie touchée par un chômage endémique. Mais les francophones, qui ne représentent que 40% de la population de la Belgique, savent que le destin du Royaume n'est pas entre leurs mains.

Bruxelles DC 

C'est surtout le statut de Bruxelles qui risque d'évoluer à la faveur des changements institutionnels opérés par le prochain Gouvernement belge. Dans la perspective d'une dissolution inéluctable de la Belgique discrètement envisagée par l'ensemble de la classe politique du pays, la capitale de la Flandre, toutefois peuplée à 80% de francophones, pourrait devenir le fruit d'un arbitrage européen, qui confierait tout ou partie de son territoire à l'Union Européenne, seule solution à la fois équitable et neutre pour les deux parties. 

Alors que le Traité de Lisbonne consacre la citoyenneté européenne et la personnalité juridique de l'Union, la création d'un territoire spécifique lui permettrait de pouvoir être considérée comme un Etat à part entière tout en faisant de la dissolution de la Belgique le laboratoire d'une Europe qui se construit désormais sans les Nations. 

César Lesage

Notez
Lu 4633 fois


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vos commentaires sont les bienvenus, pour peu qu'ils respectent la liberté d'opinion, la courtoisie la plus élémentaire et...la langue française. Ils sont modérés et ne doivent évidemment comporter aucun propos grossier, insultant, raciste ou diffamatoire.

Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 9

A la Une | On avait pourtant dit Non | Analyse | Tribune | Document | En bref | Référendum 2005 | Souvenons-nous