L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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L'UMP malade de l'Europe ?





L'UMP malade de l'Europe ?
L'intervention personnelle du Président Chirac auprès de France Télévision pour interdire d'antenne M. Barroso durant la campagne référendaire le prouve : toute la stratégie de l'UMP est d'essayer de vendre aux Français l'image d'une "Europe française". Celle dont rêva jadis Victor Hugo. Or, cette Europe là, si elle a tant soit peu existé, est morte depuis au moins 10 ans.

Le risque était que M. Barroso avec sa naïve franchise puisse montrer en direct à l'heure du dîner que l'Europe d'aujourd'hui est moins que tout "Française". C'est d'ailleurs ce que Tony Blair, parlant de la directive Bolkestein, s'est empressé de souligner devant la Chambre des Communes dès son retour de Bruxelles : " C'est une Europe a vingt-cinq, ce sont vingt-cinq pays qui décideront (...) la France sera défaite par la majorité au Conseil ". C'est ce que l'on appelle un exercice pratique de perte de souveraineté.

De grands écarts en double langage, d'oxymores en volte faces , la "ligne européenne" de la droite parlementaire (essentiellement l'UMP) donne le tournis aux meilleurs spécialistes de Sciences politiques. Peut-être tout simplement qu'il n'y en a pas, qu'il n'y en a jamais eu et qu'il n'y en aura pas. Sans remonter à l'appel de Cochin, car il faudrait alors écrire une thèse sur le sujet, le parti majoritaire vit, en ces temps difficiles de campagne référendaire européenne, une triple schizophrénie.

La schizophrénie Bolkestein

Sur la directive Bolkestein, le parti, le Gouvernement et le Président de la République ont émis en choeur des protestations ouvertement indignées au sujet du principe du pays d'origine et ses conséquences catastrophiques pour nos entreprises et nos emplois. A juste titre.
Pourtant, la fameuse directive n'est pas sortie par hasard du chapeau du Docteur Bolkestein : elle est dans la logique même des Traités européens et d'ailleurs du Traité constitutionnel lui-même, tous approuvés par les dirigeants anciens et nouveaux de l'UMP. Sur l'impulsion de la directive proprement dire, c'étaient bien Jacques Chirac qui siégeait au Sommet de Lisbonne en 2000 et en 2004, M. Barnier qui siégeait à la Commission lors de son adoption en 2004 et les eurodéputés de l'UMP qui siégeaient au Parlement de Strasbourg lors de la résolution de 2003.
Aujourd'hui, l'UMP affirme que la directive n'est plus à l'ordre du jour.
Pourtant, on sait qu'il n'en est rien, à la lecture du communiqué officiel du Conseil européen du 22 mars et des déclarations très claires du Premier ministre Britannique Tony Blair qui présidera l'Union européenne au second semestre 2005.

La schizophrénie turque

Il en est de même au sujet de la Turquie. L'UMP sembait avoir pris une position claire contre l'adhésion de la Turquie et prétend qu'il y a déconnection totale entre la Constitution européenne et le problème la candidature turque. Les militants du parti se sont en effet prononcés à une écrasante majorité pour le rejet de la candidature turque. Il semble donc que le message soit clair.
Pourtant, le Président de la République milite ardemment pour l'entrée de la Turquie, les eurodéputés UMP ont voté en 2003 le rapport Brok recommandant de faire du Turc une langue officielle de l'Union et ceux de l'Assemblée nationale votent depuis des années, avec le projet de loi de finances, les crédits de pré-adhésion à la Turquie.
Mieux. Voilà maintenant que le Parti Populaire Européen dont l'UMP est membre, vient d'approuver, le 22 mars dernier, à Meise en Belgique, l'adhésion de l'AKP, le parti majoritaire du Premier Ministre turc Erdogan. Le statut d'observateur qui lui est accordé préfigure l'appartenance pure et simple du parti islamiste dit modéré au PPE lorsque l'adhésion de la Turquie à l'Union sera pleine et entière.
Il semble que le Député Lequiller, Vice-Président du PPE, représentant l'UMP n'a pu ou n'a pas voulu s'opposer à cette ouverture, pour le moins prématurée de son parti au parti islamiste turc. (voir ci-dessous la liste des participants à cette réunion). Le Parti Populaire européen a d'ailleurs programmé une réunion de son groupe de travail "Elargissement" à Ankara, le 26 mai prochain... 3 jours avant le référendum Français. Habile.

La schizophrénie institutionnelle

Dans la plupart des argumentaires de l'UMP et du Gouvernement, l'allégation selon laquelle la Constitution européenne est un pas supplémentaire et décisif vers la création d'un Etat fédéral européen est rejetée avec la première vigueur.
Or, et sans revenir sur l'ensemble des éléments du cadre étatique de type fédéral contenus dans le Traité dont l'UMP recommande la ratification, rappelons que le même Parti Populaire européen et son Groupe parlementaire auxquels le parti de l'auteur de l'appel de Cochin adhère depuis toujours, fixe clairement dans ses statuts l'objectif de " contribuer à la construction d'une Europe fédérale ". Dans un double et légitime souci de rassemblement des forces de centre-droit au Parlement européen et de cohérence politique au sujet du fédéralisme, l'UMP eût été mieux inspirée de rejoindre seulement le groupe parlementaire du PPE - et non le parti PPE - comme l'ont fait les eurosceptiques Conservateurs Britanniques, en émettant le cas échéant une réserve sur "l'objectif fédéral".

A travers ces trois exemples, nul ne saurait affirmer aujourd'hui, même à grands traits, ce que l'UMP veut vraiment pour l'Europe. Quel projet (affaire Bolkestein) ? Quel périmètre (Turquie) ? Quelle architecture (fédéralisme) ? Le parti majoritaire a tort de ricaner aussi bruyamment des divisions du Parti socialiste sur l'Europe, croyant qu'il en tirera les dividendes électoraux. Nul ne sait plus si l'UMP croit et veut vraiment, sincèrement, la victoire du "oui". Mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils s'y prennent le plus mal possible. Beaucoup de ses parlementaires, pourtant sommés par le "château" de s'engager fortement sur le terrain, ont d'ailleurs opté pour le service minimum pendant cette campagne. Des fois que le "Non" gagne...

***

Liste des participants à la réunion de Meise, le 22 mars 2005.

List of participants
EPP Summit – Meise, 22 March 2005

Wilfried MARTENS EPP Chairman
Antonio LÓPEZ-ISTÚRIZ EPP Secretary General

Jan-Peter BALKENENDE Prime Minister NETHERLANDS
Silvio BERLUSCONI Prime Minister ITALY
Mikulas DZURINDA Prime Minister SLOVAKIA
Lawrence GONZI Prime Minister MALTA
Janez JANSA Prime Minister SLOVENIA
Jean-Claude JUNCKER Prime Minister LUXEMBOURG
Aigars KALVITIS Prime Minister LATVIA
Kostas KARAMANLIS Prime Minister GREECE
Juhan PARTS Prime Minister ESTONIA
Wolfgang SCHÜSSEL Chancellor AUSTRIA

José Manuel DURÃO BARROSO President European Commission

Hans-Gert POETTERING Chairman EPP-ED Group

Nicos ANASTASIADES Chairman Democratic Rally CYPRUS
Jyrki KATAINEN Chairman KOK FINLAND
Andrius KUBILIUS Chairman TS-LK LITHUANIA
Joëlle MILQUET Chairwoman CDH BELGIUM
Fredrik REINFELDT Chairman Moderaterna SWEDEN
Nicolas SARKOZY Chairman UMP FRANCE
Edmund STOIBER Chairman CSU GERMANY
Jo VANDEURZEN Chairman CD&V BELGIUM
Gunilla CARLSSON EPP Deputy Chairman, MOD SWEDEN
Peter HINTZE EPP Deputy Chairman, CDU GERMANY
Pierre LEQUILLER EPP Deputy Chairman, UMP FRANCE
Viktor ORBAN EPP Deputy Chairman, FIDESZ HUNGARY
Antonio TAJANI EPP Deputy Chairman, FI ITALY
Wim VAN VELZEN EPP Deputy Chairman, CDA NETHERLANDS
Ingo FRIEDRICH EPP Treasurer, CSU GERMANY

Guests
Recep Tayyip ERDOGAN Prime Minister TURKEY
Vojislaw KOSTUNICA Prime Minister SERBIA
Ivo SANADER Prime Minister CROATIA
Adnan TERZIC Prime Minister BOSNIA
Roman BEZSMERTNYY Deputy Prime Minister UKRAINE
Per Stig MÖLLER Minister Foreign Affairs DENMARK
Cyril SVOBODA Minister Foreign Affairs CZECH REPUBLIC

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