L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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L'Europe, finalement trop petite pour la France


Le "9 mai" célébré à grand renfort de pin's, flyers, dvd, tee-shirts, brochures luxueuses, conférences et autres "kits" du parfait Européen sur fonds publics, prend l'allure d'une drôle de farce au regard du rejet général de la Constitution par les européens (75% estiment qu'il ne faut pas poursuivre dans cette voie, selon un sondage Eurobaromètre publié le 5 mai) et des initiatives prises de plus en plus souvent hors des procédures communautaires. On apprend par exemple que nos entreprises de pointe et nos chercheurs nouent des partenariats avec les Tunisiens francophones et non avec des Estoniens. Nos ministres et nos élus - qui veulent en même temps nous faire "intégrer" l'UE à tout prix - trouvent ça parfait et le claironnent. Ce fut le cas la semaine dernière, puisque le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi et le Ministre français délégué à l'industrie François Loos ont posé les bases d'un partenariat sur les pôles de compétitivité, c'est-à-dire un partenariat officiel sur rien moins que le dispositif imaginé par le gouvernement pour assurer notre progrès industriel et notre patriotisme économique. Il en est de même avec les questions d'immigration pourtant de compétence communautaire depuis le traité d'Amsterdam (ratifié par le Parlement dans le dos du peuple français, en 1999). En théorie, le Dialogue "5 pays du sud de l'Europe + 5 pays du nord de l'Afrique" qui a lieu les 11 et 12 mai à Nice ne devrait donc absolument pas exister. Ce devrait être le Commissaire "compétent" Frattini (commissaire italien chargé de la Justice) qui devrait négocier avec les États d'émigration. Mais voilà, même les acharnés du "oui" européen qui s'affichent en grand au stand de l'UMP de la "fête de l'Europe" au Parlement de Strasbourg, se rendent bien compte, quand il s'agit d'agir plutôt que de bêler, qu'en définitive l'Europe est trop petite pour la France... CB




L'Europe, finalement trop petite pour la France
Nous connaissons bien la fable selon laquelle, hors de la construction européenne, point de salut. Paraît-il que nous devrions absolument fusionner avec la Lettonie sous peine d'être rayé de la carte... Et, argument prétendument massue, on nous assure que seule l'Europe nous permet d'avoir des "géants-européens-de-demain-seuls-capables-de-tenir-tête-aux-entreprises-américaines-ou-chinoises".


Partenariats industriels hors de l'UE

Or, que constate-t-on ? D'une part, les grands groupes français se fichent comme d'une guigne de faire alliance ou non avec des entreprises de l'UE. En général, ils ont même plutôt tendance à l'éviter car sinon la Commission s'y oppose au nom de la lutte anti-concentration. Ils font donc plutôt alliance avec des grands groupes qui leur ouvrent d'autres marchés. Par exemple, Renault s'allie avec le Japonais Nissan contre l'Allemand Daimler Benz qui s'allie avec l'Américain Chrysler. D'autre part, le poids de la démographie, de la langue, de la géographie et de l'histoire s'imposent. 
Les européistes ont beau dire et beau faire, ils ne peuvent pas empêcher la France d'avoir bien plus intérêt à s'allier avec des entreprises marocaines ou tunisiennes qu'avec des entreprises magyares ou lettones. En Tunisie, par exemple, toutes les élites sont francophones, les ingénieurs et les commerciaux ont souvent fait leurs études en France.
En outre, beaucoup de Tunisiens ont de la famille en France et tous les Tunisiens connaissent les grandes marques françaises, les produits français, etc. Résultat, la vie des affaires ayant horreur de l'idéologie et n'ayant pour ligne directrice que l'efficacité et le pragmatisme, la réalité s'impose.

Nos entreprises de pointe et nos chercheurs nouent des partenariats avec les Tunisiens francophones et non avec des Estoniens. Et naturellement, nos ministres et nos élus trouvent ça parfait et le claironnent : ce fut le cas la semaine dernière puisque le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi et le Ministre français délégué à l'industrie François Loos ont posé les bases d'un partenariat sur les pôles de compétitivité. C'est-à-dire un partenariat officiel sur rien moins que le dispositif imaginé par le gouvernement pour assurer notre progrès industriel et notre patriotisme économique.
Comment, pour notre part, ne pas nous en réjouir ? Car le meilleur antidote à l'islamisme et à l'immigration incontrôlée, c'est justement cela : assurer le développement économique de nos voisins du Maghreb, dont tout nous rapproche. Le seul problème, c'est que cela contredit totalement les présupposés de la "construction européenne". Comment peut-on dire que l'on veut à la fois voter Oui à la Constitution européenne et par ailleurs "considérer la Tunisie comme un partenaire privilégié" ? C'est absurde et incohérent. Cela ne tient pas la route. Cela contribue à rendre complètement incompréhensible, pour les Français comme pour le reste du monde, ce qu'est la stratégie de la France.

Après avoir signé le partenariat franco-tunisien, François Loos devait ensuite se rendre en Algérie lundi et mardi avec une importante délégation de chefs d'entreprises, et cela afin de "rendre compte de l'importance du partenariat noué entre nos deux pays", "la France étant le premier partenaire commercial de l'Algérie". Cette délégation va faire suite à une délégation conduite par le Medef il y a deux semaines  qui visait, elle aussi, à renforcer l'investissement français en Algérie. Ce qui est intéressant et extrêmement révélateur, c'est la motivation de ces deux visites à une semaine d'intervalle. La raison, c'est que, depuis quelques mois, la France est en train de perdre pied très rapidement au Maroc, en Algérie et en Tunisie, notamment au profit des Américains et des Chinois. Pourquoi donc ? Eh bien tout simplement en vertu de l'adage de "qui va à la chasse perd sa place". Les Américains, par la CIA et tous ses relais d'influence en Europe et chez nous, ne cessent de pousser la France à se fondre dans un État fédéral européen chimérique.

Depuis des décennies nous poursuivons dans ce mythe de Sisyphe. Mais, depuis l'élargissement, nous avons changé d'échelle. La France est tout bonnement en train de s'épuiser financièrement, socialement, moralement pour poursuivre l'objectif ridicule de fondre le peuple français avec les peuples baltes, slaves, magyar, lapon, etc., et bientôt bulgare, roumain, croate et turc. Cet objectif est tellement prégnant, les contraintes de l'euro sont tellement fortes, que la France est obligée de lâcher prise là où elle était forte. Pour la bonne raison que "l'on ne peut pas courir tous les lièvres à la fois".


Dialogue "5+5" sur l'immigration hors du Traité d'Amsterdam

L'actualité en fournit de nouvelles illustrations dans d'autres domaines. On a appris en effet que Nicolas Sarkozy préside les 11 et 12 mai à Nice la XIIe Conférence des ministres de l'Intérieur des pays de la Méditerranée occidentale (Cimo), sur les thèmes de la sécurité, de l'immigration et du terrorisme. Rappelons qu'outre la France, ces réunions régulières regroupent le Portugal, l'Espagne, l'Italie et Malte du côté sud-européen ; et la Mauritanie, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye du côté nord-africain.
Ce qui est intéressant et extrêmement révélateur, c'est l'existence même de cette structure baptisée "Dialogue 5+5" par les diplomates du Quai d'Orsay. Car ces réunions contreviennent à la fois à la lettre et à l'esprit de la "construction européenne" et des Traités européens. Les questions d'immigration sont en effet de compétence communautaire depuis le traité d'Amsterdam (lequel a été ratifié par le Parlement, dans le dos du peuple français, en 1999).

En théorie, ce Dialogue "5 pays du sud de l'Europe + 5 pays du nord de l'Afrique"  ne devrait donc absolument pas exister. Ce devrait être le Commissaire "compétent" Frattini (commissaire italien chargé de la Justice) qui devrait négocier avec les États d'émigration.  Les grandes orientations auxquelles il serait parvenu seraient ensuite soumises pour approbation à un "Sommet" européen. Il faudrait donc demander aux Lettons, Finlandais, Slovaques, Estoniens, Suédois, Lituaniens, Hongrois, Luxembourgeois, Autrichiens, Irlandais etc, de donner leur accord à des nouvelles règles régissant les flux migratoires entre... Alger et Marseille, Tanger et Séville ou Tripoli et Syracuse.
Bien entendu, un tel système serait purement et simplement grotesque et inapplicable. Imagine-t-on les Français attendre le feu vert des autorités de Tallin ou de Bratislava avant qu'un accord soit trouvé avec le président Ben Ali ou le roi Mohammed VI ??!!
Le sujet de l'immigration est tellement sensible entre les deux rives de la Méditerranée que personne ne peut tolérer qu'on le gère de façon aussi absurde, à commencer d'ailleurs par les États d'Afrique du nord. Sur cette question, le dogme européiste a donc dû - un peu - céder la place à la réalité. Le "Dialogue 5+5" ne réunit, de part et d'autre de la Méditerranée, que les seuls États concernés. Pour que ça marche, on est obligé d'en revenir aux nations. Et tant pis pour Bruxelles, et les traités, et tous les trémolos sur "l'Union-fait-la-force" et autres inepties. 


En finir avec "l'Europe-des-jean-foutre"

La conclusion, c'est encore De Gaulle qui nous la fournit : « Nous avons vécu bien des siècles sans Marché commun. Nous pourrons vivre encore bien des siècles sans Marché commun. Nous ferons du libre-échange. Notre expansion industrielle, contrairement à ce que prétendent tous les imbéciles qui pérorent sur l'Europe, n'a pas besoin de Marché commun, elle a besoin du grand large. L'expansion industrielle allemande, italienne, de même. Ceux qui racontent des histoires sur les bienfaits incomparables de l'intégration européenne sont des jean-foutre ». (Cité par Alain Peyrefitte dans C'était de Gaulle, tome 2, p.267, Editions de Fallois, Fayard, 1997)

Cette rupture avec le catéchisme européiste, imposé par les faits du monde réel qui contredisent les visions d'un monde rêvé, se justifierait tout autant dans bien d'autres domaines, à commencer par le domaine monétaire ou celui des négociations commerciales internationales.
La vérité, c'est qu'aujourd'hui la France n'est pas assez grande ni riche pour entretenir financièrement à la fois ses anciennes colonies et les nouveaux pays de l'est européen.  Et elle doit donc choisir. Et, grâce à cette merveille de "construction européenne" dont l'idée a été soufflée à Jean Monnet par la CIA, la France choisit de financer les pays de l'Est... 
Ce choix stratégique est capital à deux égards. D'une part, la France ne tenant plus son rang et laissant sa place en déshérence, les États-Unis se font une joie de la remplacer. Ou la Chine. Dans nos ambassades au Maghreb ou en Afrique, c'est l'affolement : nos positions diplomatiques, commerciales, sont en train de s'effondrer. D'où cette signature du partenariat franco-tunisien de la semaine dernière. D'où ce Dialogue 5+5  et ce double voyage en Algérie d'aujourd'hui. D'autre part, la France, avec une folle inconscience, est en train de scier la branche sur laquelle les siècles passés ont assis sa puissance et son rayonnement mondial.

Les pays du Maghreb ou d'Afrique francophone votaient le plus souvent avec nous à l'ONU ? Ils le font de moins en moins. Ils achetaient une part essentielle de leurs importations chez nous ? Ils le font de moins en moins. Ils parlaient notre langue et véhiculaient notre civilisation ? Ils le font de moins en moins. Ces pertes sèches sont-elles au moins compensées par de fulgurantes percées de l'influence française, de la langue française, de la diplomatie française, des produits français, dans les pays de l'est que nous préférons désormais ? Pas du tout, les pays de l'Est récupèrent notre argent et nos emplois, ne parlent plus que l'anglo-américain et s'alignent méthodiquement sur les États-Unis.

Quelle est actuellement la stratégie de la France ? Dans le fond, c'est celle de l'Ordre du Temple Solaire : suicidez-vous collectivement d'abord et vous atteindrez un monde meilleur ensuite. Car c'est bien un véritable suicide géopolitique, sociologique, social et civilisationnel que la construction européenne exige désormais de la France afin, nous assure-t-on,... qu'elle se porte mieux ! Or il est rare que les peuples et les civilisations se suicident pour de bon. "Un instant encore, Monsieur le Bourreau !" : c'est en substance ce que crient silencieusement ces décisions gouvernementales de la semaine dernière.

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