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Jeudi 04 Décembre 2008
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Irlande : c'est non

Telle est la tendance, apparemment définitive qui se dégage des urnes déjà ouvertes ici à Dublin, à 11h30 heure locale ce vendredi 13 juin. Quinze jours après notre réunion publique du 29 mai dans la capitale irlandaise avec Patrick Louis, secrétaire général du MPF et député européen à l'invitation de sa collègue du Groupe Ind Dem Kathy Sinnott, la cinquième et dernière étape de mon chemin dans la campagne référendaire irlandaise était celle des résultats. Ce 13 juin, au très sécurisé centre national ("City Count"), auront été dépouillés les millions de bulletins "oui" et "non" devant trancher le sort du traité de Lisbonne. Retour sur une fin de campagne houleuse.



Irlande : c'est non

par Christophe Beaudouin* (depuis Dublin)

Trois millions d'Irlandais étaient appelés à se rendre aux urnes, ce jeudi 12 juin, pour autoriser la ratification du traité de Lisbonne recyclant le traité constitutionnel déjà rejeté par la France et les Pays-Bas en 2005. Une date qui restera dans l'histoire de l'Irlande et celle de la construction européenne. Une campagne très active dans les deux camps, avec des centaines de milliers d'affiches dans toutes les rues, un intense travail de porte-à-porte, des réunions publiques aux quatre coins de l'île et des millions de documents envoyés par les uns et les autres, aux patients électeurs irlandais. En faveur du "oui", on pouvait lire : "Good for Ireland, good for Europe, vote yes" ("Bon pour l'Irlande, bon pour l'Europe, votez "oui"),´ou "Let's make Europe work better, Yes to Lisbon" ("Faisons mieux fonctionner l'Europe, oui à Lisbonne"). Côté "non" : "People died for your freedom. Don't throw it away, vote No" ("Des gens sont morts pour votre liberté. Ne la jetez pas, votez Non"), "It'll cost you" ("Ca va vous coûter cher"), ou encore cette mise en garde efficace, déclinée par les trois singes de la sagesse, l'un se bouchant les yeux, le second les oreilles, le troisième la bouche : "la nouvelle UE ne vous verra pas, ne vous entendra pas, ne parlera pas pour vous". 

Chantage, menaces et dissimulations 

Leaders et médias européens ont pour la plupart donné une bien triste révélation de l'idée qu'ils se font de la démocratie. Des semaines durant, ils auront regretté ouvertement qu'il eût fallu tout de même consulter un peuple par référendum sur l'affaire européenne. Pire, c'était un " tout petit peuple" de 4,2 millions de personnes, à la mentalité insulaire (donc arriérée) du nord de l'Europe et pas franchement europhile a priori, pour décider du sort de... 495 millions d'Européens, pensez donc ! Faire passer la pilule par le bien commode canal parlementaire pour éviter les peuples "qui votent mal", comme dans les vingt-six autres pays, eût été plus confortable. Le "oui" aura beaucoup glosé sur les "mensonges du non qui jouent sur les peurs", lancé toutes les rumeurs et caricatures possibles sur les personnalités du "non", sans jamais faire son propre examen de conscience.

Ceux que le philosophe Jean Baudrillard appelait précisément "cette coalition de la bonne conscience, de l'Europe divine, celle qui prétend à l'universel et à l'évidence infaillible", n'auront vraiment pas ménagé les Irlandais de leurs pressions : chantage lamentable aux subventions communautaires (en réalité financées par les contribuables allemand et français, premiers contributeurs nets au budget européen) reçus pendant 35 ans, ajournement provisoire de tous "sujets qui fâchent" promis de toutes façons pour l'après-12 juin (réforme des aides agricoles, livre blanc français sur la défense européenne, harmonisation fiscale, droit du divorce et même...rapport Dehaene sur la mise en oeuvre du traité de Lisbonne pas encore ratifié), transfiguration de ce que tout le monde sait être le traité constitutionnel remaquillé (à commencer par M. Giscard d'Estaing qui s'en félicite tous les jours) en... "simples aménagements techniques", le tout dans une ambiance menaçante d'apocalypse en cas de "non"...l'Irlande a tout juste échappé aux fleuves charriant du sang et autres pluies de sauterelles. 

"Dis, tu crois qu'ils vont nous écouter ?" 

De cette passionnante campagne irlandaise, je retiendrai surtout le visage sympathique et ému de Brian, 38 ans, salarié et père de famille, venu bavarder longuement après notre réunion publique à Ballina. L'homme, visiblement très remonté par ce qu'il avait compris, en ayant écouté partisans et adversaires du traité de Lisbonne, il finit par me dire, un trémolo dans la voix : "Je ne comprends pas pourquoi ils font tout ça, et pourquoi en plus ils nous demandent notre avis. Chez toi en France, ils n'en ont pas tenu compte! Dis moi Christophe, si nous aussi nous votons "non", tu crois qu'ils vont nous écouter ?"

J'avoue être un moment resté sans voix.

CB

* L'Observatoire de l'Europe après le Non


Jeudi 12 Juin 2008
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