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Mardi 17 Mai 2005

'Gaston' Delors...



'Gaston' Delors...
Tout le monde connaît Gaston Lagaffe. Tout le monde aime Gaston Lagaffe. Ce mélange si charmant de naïveté et de rouerie, d’inventivité et de maladresse. Jacques Delors est le Gaston Lagaffe de la politique française. Avec son désormais célèbre « plan B », il a transformé le camp du oui en un repaire de fulminants Mesmaeker - le client de la BD qui ne parvient jamais à signer ses contrats à cause des gaffes de Gaston - tandis que les « nonistes » font entendre le ricanement sardonique de la mouette rieuse. En une phrase, en un aveu, Delors a ruiné des semaines de catastrophisme soigneusement pesé, avec sa « France isolée, mouton noir de l’Europe », et son Europe en fumée.

Alors, sous les menaces et les quolibets, Delors a été obligé de se corriger lui-même, de simplifier jusqu’à la caricature sa pensée : « Je suis obligé aujourd’hui de dire les choses d’une manière simple : vive le plan A, il n’y a pas de plan B. » Dans cette phrase, c’est le mot obligé qu’il faut retenir.

Il n’en est pas à sa première gaffe, Delors. Souvenons-nous du référendum sur Maastricht, lorsqu’il avait décrété que les partisans du non étaient indignes de faire de la politique. Ou lorsqu’il avait avoué que « 80% de la législation française serait désormais européenne », ou, mieux encore, bien que moins connu, lorsqu’il avait confié que si la politique sociale relevait de Bruxelles, ce serait une régression inouïe.

Avec ce plan B, Delors avoue l’inavouable, que les Etats sont des monstres froids ; qu’on ne peut pas effacer la France de la carte de l’Europe ; qu’en cas de victoire du non, personne ne demandera à Besancenot ou Le Pen de renégocier le traité, mais que Jacques Chirac devra s’y coller, puisque le peuple français, seul souverain du président, en aura décidé ainsi.

Cet aveu obligera les partisans du oui à sortir du simplisme catastrophiste. Mais pas forcément à leur détriment. Avec les nouveaux pays de l’Union européenne, qui n’ont pas participé aux travaux constitutionnels, l’Europe est encore plus libérale, encore plus atlantiste. Encore moins favorable aux thèses françaises. Les « ouiistes » ajoutent non sans raison que la clé de répartition des votes au sein du Conseil européen prévue par la Constitution, donne plus de poids au couple franco-allemand. Mais cela signifie aussi que nous devons être mariés pour l’éternité avec les Allemands. Et que, seuls, nous comptons moins qu’eux, moins que la Turquie demain. Que nous pouvons aisément être marginalisés par une coalition hostile à notre conception des services publics, de la laïcité, etc.

Avec son plan B, Delors contraint les deux camps à se dépasser, les partisans du oui à sortir du catastrophisme, ceux du non de la simple dénonciation. Les gaffes de Gaston révèlent toujours la vérité des autres personnages.

Eric ZEMMOUR

Le Figaro, 16 mai 2005
Mardi 17 Mai 2005

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