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Gagner plus ? Trois obstacles.



Le pouvoir d'achat de la majorité des Français stagne depuis plusieurs années. Le président Sarkozy s'efforce de faire face à cette question, qu'il avait déjà mise en avant, au printemps, lors de sa campagne électorale. Les réponses apportées visent à lever un premier obstacle, qui tient à l'insuffisance de l'activité des travailleurs en France. En revanche, elles risquent de se révéler inopérantes si elles ne surmontent pas les deux autres obstacles, qui viennent d'un côté de la surévaluation de l'euro, de l'autre de la faiblesse de l'actionnariat des travailleurs français.


Gagner plus ? Trois obstacles.

par Gérard Lafay


Article paru dans l'édition du Monde du 29.11.07

Un premier obstacle découle du fait que, depuis de nombreuses années, nos gouvernements ont mis en place un "traitement social" visant à limiter la montée du chômage recensé. Tantôt ils ont avancé l'âge de la retraite, d'abord en le fixant autoritairement à 60 ans, puis en multipliant les préretraites en deçà de cet âge. Tantôt ils ont voulu réduire le nombre d'heures travaillées par chacun, en le limitant à 35 heures par semaine (lois Aubry). Toutes ces mesures ont été financées par l'Etat. Le résultat est double. D'une part, la France est l'un des pays industrialisés où la part de l'emploi dans la population totale est l'une des plus faibles. D'autre part, très logiquement, elle est aussi l'un de ceux où la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut (PIB) est l'une des plus élevées. Fort heureusement, le gouvernement mis en place par le président Sarkozy commence à prendre des mesures afin de surmonter ce premier obstacle, en concrétisant son slogan "travailler plus pour gagner plus".



Le deuxième obstacle n'est pas propre à la France, mais il concerne toute la zone euro. Dans l'espace économique mondial, le niveau relatif des salaires découle, dans une large part, du taux de change réel, c'est-à-dire du niveau relatif des prix vis-à-vis du reste du monde. Cette question est essentielle dans les conditions de croissance, tant pour l'attractivité de l'investissement productif intérieur que pour la compétitivité du commerce extérieur. Pendant longtemps, elle n'était mise en relief que par quelques-unes, étant niée par la plus grande partie des observateurs. Mais les faits sont têtus. Aujourd'hui la surévaluation de l'euro apparaît de plus en plus évidente, non seulement vis-à-vis du dollar américain, mais encore davantage vis-à-vis du yuan chinois. En étant trop cher, l'euro interdit aux entreprises de procéder à des hausses substantielles de salaires, de même qu'il empêche l'économie de reprendre un rythme élevé de croissance.



Dans sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait critiqué le comportement de Jean-Claude Trichet, de même que sa rivale Ségolène Royal. Que fait-il aujourd'hui ? Il se contente de reprendre périodiquement la même antienne, sans que ses exhortations aient le moindre effet. Pis encore. Il veut faire voter par le Parlement une nouvelle version du traité européen, quasi identique au projet de Constitution rejeté par le peuple français le 29 mai 2005. Or cette version entérine, ipso facto, l'erreur de conception inhérente au traité de Maastricht ainsi qu'une logique de libre-échange naïf. En fait, ce sont précisément ces deux éléments qui expliquent la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne et l'absence de toute politique commerciale de rétorsion face au dumping monétaire. Ce seul fait réduit à néant les décisions courageuses que peut prendre le président Sarkozy sur le plan national.



Le troisième obstacle tient à l'évolution générale du capitalisme au niveau mondial qui, depuis la chute du communisme, accroît de plus en plus les revenus du capital tandis que, dans les pays développés, les revenus du travail stagnent pour le plus grand nombre. La solution est de mettre en place une forme française de capitalisme, où les travailleurs deviennent en même temps des actionnaires, parvenant à détenir la majorité du capital des entreprises. Cette solution avait déjà été amorcée par le général de Gaulle, avec l'ordonnance de janvier 1959 sur l'intéressement et celle d'août 1967 sur la participation, complétées depuis lors par d'autres dispositions. Mais la part des travailleurs reste marginale dans le capital de la plupart des grandes entreprises. Au lieu de vouloir débloquer les fonds de participation, afin de favoriser la consommation de façon conjoncturelle, il faut accomplir une véritable réforme structurelle. L'objectif est de développer ces mécanismes sur une grande échelle en mettant en place, à côté de l'actionnariat direct, des formes collectives d'actionnariat diversifié, par la création institutionnelle de fonds de pension par métier.



Le président Sarkozy est sur le point de surmonter le premier obstacle. Il réussira à élever graduellement le pouvoir d'achat des Français s'il fait sauter les deux derniers.
Sinon, il est condamné


à l'échec.





Gérard Lafay est professeur d'économie internationale à Paris-II.






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