C’est la polémique de la semaine : la Commission Européenne demande aux producteurs de fruits et légumes français de rembourser des aides étatiques perçues de 1992 à 2002. Après avoir accepté la demande de Bruxelles, le gouvernement tente de corriger le tir.
Le dogmatisme européen
Je vous conseille vivement de lire l’interview du porte-parole de la Commission Européenne dans
le Monde , journal pourtant favorable à cette décision. On y discerne parfaitement la logique froide des institutions européennes. Quand la journaliste rapporte l’argument d’un ministre de l’agriculture de l’époque, qui affirmait que
« l’Etat (..) ne pouvait attendre que la production soit à l’agonie », le représentant de la Commission répond comme un robot administratif :
« il y a toujours une flexibilité » et soutient une coopération étatique dont on comprend bien que la lenteur ne permet pas de répondre aux urgences…
La journaliste continue en évoquant la distorsion que représente la différence de coûts salariaux entre les Etats membres, et qui met à mal le principe de
« concurrence libre et non faussée ». Il répond alors que
« la question de la main d’œuvre n’est pas couverte par la politique agricole commune ». S’il a beau jeu de souligner que
« nous sommes les arbitres des règles que les Européens se sont données », son raisonnement a au moins le mérite de souligner le côté ubuesque de règles européennes qui soumettent les hommes à des règles économiques mal conçues et abstraites.
Un gouvernement aux ordres de Bruxelles
Car s’il est important d’avoir des règles pour fonctionner ensemble, comment imaginer que les producteurs de fruits et légumes pourront rembourser des centaines de millions d’euros d’aides perçues de 1992 à 2002 ? La filière a une rentabilité plus qu’aléatoire depuis des années et ses revenus ont plongé en 2008. On note enfin que derrière les rodomontades habituelles du chef de l’Etat, la réalité est que le gouvernement français cède aisément aux autorités européennes, comme sur de nombreux autres sujets (négociations avec la Turquie, Union pour la Méditerranée…).
Cette affaire a aussi le mérite de montrer à quel point certains médias orientent la présentation des faits. Ainsi,
le Monde daté du 5 août sous-titre son article sur le sujet
« la position du ministre, Bruno Le Maire, favorable à l’Europe, est incomprise ». Un concentré de pensée unique ! Le journal poursuit l’assimilation de toute décision des autorités européennes à l’Europe. Le ministre est ainsi
« favorable à l’Europe » et pas à une décision de la Commission Européenne. Mieux, sa position est jugée
« incomprise », ce qui sous-entend qu’elle est bonne, mais seulement mal expliquée…
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