L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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France Europe et stress avec M.M. Rifkin, Lang et Bolkestein


Les émissions de Christine Ockrent trahissent de plus en plus l'inquiétude des partisans du "oui". Autour d'elle, de Jean-Michel Blier et Serge July, l'équipe de la rédaction qui prépare chaque semaine "France Europe Express" ne semble pas comprendre les sourdes réprobations qui montent de l'opinion publique face aux dérives de l'actuel processus européen. C'est d'autant plus incompréhensible pour eux, que leur émission est explicitement conçue pour vendre depuis des années, aux Français, l'Europe fédérale coûte que coûte, à l'exclusion de tout autre modèle institutionnel réputé "anti-européen". C'est sans doute la raison pour laquelle ils nous ont de nouveau offert mardi l'un de ces "débats" surréalistes, dont le service public de la télévision a le secret. Puisque l'internet est désormais le seul media où le "Non" peut vraiment s'exprimer, sur le présent site en particulier, nous ne résistons pas à la tentation de répondre, point par point, à plusieurs propos tenus dans cette émission.




France Europe et stress avec M.M. Rifkin, Lang et Bolkestein

Washington et la Constitution européenne

France Europe Express recevait comme invité principal, pour changer, un partisan du "oui", en la personne de l'ancien ministre socialiste Jack Lang. A ses côtés, Yann Wehrling, autre partisan du "oui" (verts).
Le camp du "non" - que neuf sondages donnent majoritaire - était quant à lui incarné non pas par Philippe de Villiers ou Laurent Fabius, Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Pierre Chevènement. Il l'était par la représentante du parti Trotskyste et celle du parti Communiste, Mesdames Laguiller et, dans un autre style, l'ancienne ministre Marie Georges Buffet qui fut d'une tenacité qu'il nous faut ici saluer. La prochaine fois, parions que M. Le Pen sera l'unique tenant du Non... et le tour sera joué.

Le pôle "oui" du plateau bénéficia aussi de la présence de l'américain Jeremy Rifkin, dont on rappelle qu'il pointa au budget de la Commission européenne comme consultant-expert auprès de son ex-Président Romano Prodi, "détail" qui ne figurait apparemment pas sur les fiches de Christine Ockrent. Il expliqua sous le regard ému de la présentatrice, combien était merveilleux le projet de Constitution, porteur du rêve européen pour l'avenir.
Sa mère y aurait découvert des droits dont elle ignorait même jusqu'à l'existence et M. Rifkin de conclure qu'il espère que les Français ne vont pas décevoir le monde, et faire plaisir aux néo-conservateurs et au Président Bush qui souhaiteraient un "Non".
"Voilà un argument massue !", s'est réjoui Mme Ockrent qui n'a visiblement pas écouté ni le discours de George W. Bush lors de sa récente visite européenne à Bruxelles, ni surtout l'éclairante déclaration autorisée de l'ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'Union européenne M. Gareth Harding :
" le Président soutient la Constitution européenne parce qu'elle traite de la politique étrangère - il y aura un Ministre pour représenter l'Europe - dont elle dessine les institutions. Cela va dans le sens d'une Europe plus forte (...) C'est une affaire européenne et nous n'avons pas à nous en mêler. Mais cette constitution sera très bénéfique pour l'Union européenne." ( Revue Prospect, Avril 2005 citant "The Telegraph")

Cherchant, à tort, à instrumentaliser au service du "oui" ce qu'elle prend pour un anti-américanisme primaire des Français, Mme Ockrent - dont on doit songer de plus en plus sérieusement à imputer le salaire versé par France 3 sur les comptes de campagne du "oui" - fait donc venir un consultant professionnel américain qui a été payé par la Commission, pour expliquer que le "oui" ne fera pas plaisir à Bush. La même présentatrice, viendra d'ailleurs, peu de temps après, prétendre qu'il ne faut pas se tromper de campagne en évoquant la directive Bolkestein ou la Turquie dans le débat constitutionnel européen...

Hélas pour elle, le Président Bush est favorable non seulement à ce projet de Constitution européenne, ainsi que son ambassadeur à Bruxelles l'a clairement indiqué, parce que le texte place la politique étrangère et de défense sous l'égide de l'OTAN (article I-41 et suivants du Traié), mais aussi à l'entrée de la Turquie, pour laquelle Washington milite ardemment et avec succès, depuis des années.
Avec la constitutionnalisation de l'OTAN, le vote à la majorité qualifiée des propositions du futur Ministre PESC qui musèlera toute velléité d'indépendance Française, avec le transfert à l'UE de notre siège permanent de l'ONU et surtout avec l'élargissement sans fin à des pays ouvertement atlantistes, M. Bush a tout à gagner d'une victoire du "oui".
Précisons cependant, par honnêteté, qu'une victoire du "non" ne l'empêcherait pas de dormir tant qu'un nouveau Traité à la philosophie radicalement différente de celle de la Constitution n'est pas en voie d'être adopté. Les antennes américaines installées au coeur des institutions européennes, ont expliqué à la Maison Blanche qu'avec ou sans l'aide de cette Constitution, la vassalisation de l'Europe est de toute façon déjà acquise. Mme Ockrent ne l'ignore pas et "l'argument massue" se retourne aisément contre le "oui", preuves à l'appui.

France Europe et stress avec M.M. Rifkin, Lang et Bolkestein

Jack Lang : "Avec la Constitution, il faudra un impôt européen"

Dans le prolongement de ce débat surréaliste M. Lang en a rajouté, expliquant sans rire que vu d'Afrique, d'Amérique et d'Asie, où l'on a visiblement davantage lu la constitution qu'en Europe, le projet était perçu comme un modèle à suivre... Il n'y a donc que les Français, les Hollandais, les Anglais etc... qui sont un peu plus concernés, pour douter sérieusement de ses bienfaits pour la démocratie, l'emploi et le protection des droits et libertés fondamentaux. Rappelons à M. Lang que le référendum du 29 mai aura lieu en France et que c'est le modèle national et républicain qui est aujourd'hui remis en cause. En particulier et après avoir expliqué que l'on ne pouvait tout de même pas prétendre imposer la laïcité à nos partenaires, M. Lang reconnaît être prêt à l'abandonner pour la France, avec notamment l'article II-70 de la Constitution sur la manifestation religieuse même publique.

Parmi les autres enseignements majeurs de cette émission, M.M Lang et Wehrling ont expliqué que logiquement, après la Constitution, il faudrait un impôt européen. C'est exactement ce qui se prépare à Bruxelles et il faut reconnaître à M. Lang l'honnêteté d'avoir affiché son souhait de contribuer à la création d'un Etat européen.
La création d’un impôt européen résulte tant de la personnalité juridique attribuée à l'Union que de l'artilce I-54 sur les « ressources propres de l’Union, pour atteindre ses objectifs ».
On sait aujourd'hui que l'Europe coûte de plus en plus cher à la France et lui rapporte de moins en moins. Le contribuable français a en effet versé en 2003 au budget européen 2 milliards d'euros de plus qu'il n'en a reçu. Une façon, sans doute, de subventionner le déménagement de nos usines avec les fonds structurels…
M. Lang n'en a toutefois pas dit davantage sur ce nouvel impôt et sur tout ce qui va changer concrètement pour les citoyens-contribuables avec la Constitution, comme par exemple l'avenir des services publics que, selon lui et comme la laïcité, nous ne pourrons pas "imposer" à nos partenaires.
En clair, les français sont exactement dans la position de celui qui s'apprête à souscrire un contrat dont le prix à payer ne sera connu que plus tard.

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Frits Bolkestein : "Qu'est ce que ce peuple qui s'agite pour rien ?"

L'un des plus grands moments de la soirée aura été l'intervention de M. Frits Bolkestein en personne, venu au journal de 20h vanter les mérites de la directive qui le fait entrer dans l'Histoire, et quelle histoire ! L'ex-commissaire au maché intérieur est venu à la télévision publique Française pour interpeller vivement et en direct les Français :
" En Hollande tout le monde se demande qu'est ce que ce peuple qui s'agite pour rien !"

Après nous avoir traité de xénophobes il y a quinze jours, au sujet de la consonance germanique de son patronyme qui apparemment lui crée un petit complexe, M. Bolkestein a jeté à la figure des Français son profond mépris. "Ce peuple qui s'agite" : c'est nous tous. Ce sont les "cons" qu'évoquait le Président Chirac au salon de l'Agriculture, devant un agriculteur qui lui avouait imprudemment vouloir voter "non"...

Dans une conférence de presse à la Maison de Radio France, qui eût la bonté de lui ouvrir ses portes (à quel titre d'ailleurs ?), l'ex-Commissaire Bolkestein s'est même lâché en disant tout le mal qu'il pensait du référendum : " Personnellement, je m'oppose à la démocratie directe. C'est aux élus de se prononcer, ils sont là pour cela (...) La démocratie n'est pas faite pour les gens peureux " (propos rapportés par Libération, 7 avril 2005).
Cela tombe bien, la Constitution européenne n'est pas faite pour la démocratie.

Après l'arrogante plaidoirie de l'ex-Commissaire pour sa directive "services" qui confirma une nouvelle fois qu'elle ne pouvait être retirée, comme après l'annonce par Tony Blair qu'elle serait bien au menu de la Présidence Britannique de l'Union, les Français auront compris que seul un "Non" au traité et à son article III-144 donnerait une petite chance de mettre un coup d'arrêt au projet Bolkestein.

Cela suppose toutefois également que les dirigeants cessent de prendre le peuple pour une bande de décerébrés qui ne comprennent rien aux efforts des élites pour assurer leur bonheur et passent leur temps à voter comme des pieds. Il est vrai qu'une fois la Constitution adoptée, voter sera aussi efficace pour changer la vie, que se taper la tête contre un mur.
Le "Non" est nécessaire mais il ne sera suffisant que si les messages, les préoccupations qui le motivent sont entendus, compris, respectés et pris en considération dans la reprise de la construction européenne et dans l'action politique en général.
Tel est au fond l'un des grands enjeux de cette campagne du Non : le nourrir suffisamment pour qu'il soit réellement écouté au lendemain d'une éventuelle victoire le 29 mai.

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