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'France : 250.000 places de travail attendent les Polonais'



Tels sont les gros titres de la presse polonaise en ce début mai. En effet, contrairement à quatre de ses partenaires européens (l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie et les Pays-Bas), la France, qui connait pourtant un taux de chômage autour de 10% de sa population active, ne va pas, elle, prolonger les restrictions à la libre-circulation des travailleurs d'Europe de l'Est issus des nouveaux pays de l'Union européenne (UE). Dès le 1er mai, le gouvernement devait s'engager à une "levée progressive et maîtrisée" de tous les protections du marché du travail français vis à vis desdits pays. Curieusement, la quasi-totalité des syndicats français se sont prononcés pour la fin immédiate de ces mesures restrictives transitoires. Seules la CFTC et la CFE-CGC souhaitaient le maintien d'un filet de sécurité.




'France : 250.000 places de travail attendent les Polonais'

Les pays d'Europe occidentale avaient jusqu'au 1er mai pour notifier leur décision à la Commission européenne soit de lever ces restrictions, soit de les maintenir en l'état pour trois années de plus, soit encore de les assouplir en les limitant par exemple à certains secteurs, cas de la France. La mesure concerne sept secteurs d'activité "où la demande de personnel dépasse systématiquement l'offre", a précisé le ministère des Affaires étrangères: le bâtiment et les travaux publics, l'hôtellerie-restauration et l'alimentation, l'agriculture, la mécanique-travail des métaux, les industries de transformation, le commerce, et la propreté. 

Les ressortissants concernés par les restrictions actuelles sont les Tchèques, les Polonais, les Estoniens, les Lettons, les Lituaniens, les Slovènes, les Slovaques et les Hongrois.  Sur les douze, selon un communiqué de la Commission européenne, quatre (Finlande, Espagne, Portugal, Grèce) ont choisi de lever totalement toutes les restrictions, quatre de les maintenir (Allemagne, Autriche, Danemark, Italie et Pays-Bas), trois (France, Belgique et Luxembourg) de les maintenir avec des assouplissements selon les secteurs et les professions les assouplir. Les informations de presse suggèrent que la Norvège maintiendra les restrictions tandis que l'Islande les lèverait

La presse polonaise a évidemment accueilli avec satisfaction les annonces du gouvernement français. Le grand quotidien de centre droit "Rzeczpospolita", le 14 mars dernier en faisant ses gros titres : "France: A partir du 1er mai, 250.000 places de travail attendent les polonais". La suite de l'article est tout aussi saisissante. On y apprend que "le manque de personnel nuit à la croissance de l'économie française. En conséquence, la nuit d'hôtel ou la restauration d'un appartement sont plus chers qu'ils ne pourraient être si la France permettait aux polonais de travailler légalement." De même on apprend que la légalisation du travail des polonais qui travaillent actuellement au noir rapporterait 50 millions d'euros.

Cette décision française entre en vigueur alors que le taux de chômage officiel en France continue d'avoisiner les 10% de la population active et que le rejet de la Constitution européenne le 29 mai dernier a en partie été nourri par le refus d'une Europe sans protections et victime du "dumping social", symbolisé par l'exemple choisi par Philippe de Villiers du "plombier polonais", libre de circuler en imposant dans le pays d'accueil salaire et conditions de travail de son pays d'origine (directive Bolkestein). 

En 2009, les Etats ayant maintenu des restrictions pourront encore les reconduire pour deux ans uniquement s'ils constatent l'existence ou un risque de graves perturbations sur leur marché de l'emploi. A l'issue des sept années de période transitoire, la libre circulation des travailleurs ressortissants communautaires au sein de l'Union élargie sera totale.

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