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Euro : on vous l'avait bien dit


"Terrible constat", titre d'une intéressante prise de conscience sur les désillusions de l'euro, publiée dans le magazine "Le Point". Quand l'euro est lancé, le 1er janvier 1999, ses promoteurs promettent une ère de prospérité. L'Europe, grâce à sa monnaie, ne serait plus tributaire des soubresauts du monde et acquerrait son « autonomie conjoncturelle ». On est loin du compte, bien sûr. Seules l'Irlande et l'Espagne connaissent un boom économique (largement artificiel dans le cas espagnol, car tributaire de la bulle immobilière). Les autres pays sont à la remorque. Et surtout, le réacteur nucléaire de la zone euro, les trois grands pays que sont l'Allemagne, la France et l'Italie, est en panne. (...)




Euro : on vous l'avait bien dit

Terrible constat

(Le Point, 27 janvier 2006)

Quand l'euro est lancé, le 1er janvier 1999, ses promoteurs promettent une ère de prospérité. L'Europe, grâce à sa monnaie, ne serait plus tributaire des soubresauts du monde et acquerrait son « autonomie conjoncturelle ». On est loin du compte, bien sûr. Seules l'Irlande et l'Espagne connaissent un boom économique (largement artificiel dans le cas espagnol, car tributaire de la bulle immobilière). Les autres pays sont à la remorque. Et surtout, le réacteur nucléaire de la zone euro, les trois grands pays que sont l'Allemagne, la France et l'Italie, est en panne.

Même si la France est parvenue l'an dernier à tirer son épingle du jeu, elle subit toujours, comme ses partenaires de la zone euro, un chômage de masse et les perspectives de croissance économique sont régulièrement revues à la baisse... Sans même parler des Etats-Unis, de la Chine ou de l'Inde, les pays de la zone euro voient bien que des membres de l'Union européenne qui n'ont pas adopté la monnaie unique (Royaume-Uni mais aussi Suède et Danemark) font bien mieux qu'eux en termes de croissance et d'emploi. Terrible constat.


L'euro devait aussi offrir un « bouclier » à l'égard du dollar.

Là encore, les résultats ne sont pas au rendez-vous. La valeur de l'euro, on le sent bien, se détermine bien plus à Washington qu'à Francfort : la BCE n'est pas en mesure de contrarier les impulsions qui viennent d'outre-Atlantique. S'il plaît aux Etats-Unis que le dollar s'apprécie, il s'apprécie. Même chose dans le cas contraire. Cela aura sans doute une fin, un jour, mais en attendant...

Que dire enfin de l'inflation ? Dans tous les pays, de la France aux Pays-Bas en passant par l'Italie et l'Allemagne, les citoyens sont pratiquement persuadés que le passage à l'euro a provoqué une flambée des prix. A tort leur dit-on : les statistiques d'inflation, remarquablement stables, ne donnent pas plus de 2 % de hausse des prix en moyenne dans la zone euro et le choc pétrolier a été amorti. A tort, mais un peu à raison aussi... : l'anticipation du passage à l'euro a poussé nombre d'industriels et de distributeurs à arrondir les prix. Au total, l'euro que l'on a glissé dans la poche de millions de citoyens le 1er janvier 2002 est moyennement populaire. Un récent sondage effectué par Stern indique même que 56 % des Allemands souhaitent le retour au mark *


* en France, un sondage réalisé en décembre 2005 indiquait que 47% des Français (contre 46%) souhaitent le retour du franc.


L'euro, entre promesses et idées fausses

(Blog "Sortir de l'Euro)

Les promoteurs de l'euro n'ont pas été avares de promesses quand il a s'agit d'imposer la monnaie unique à l'opinion publique. Aujourd'hui encore, on nous répète inlassablement comme un disque rayé que l'euro heureusement existe, que sans lui la crise serait encore bien plus grave, etc. oubliant au passage que nous pouvons aisément faire la comparaison avec les pays européens hors euro et qui, ô miracle !, s'en sortent bien mieux que nous...

Pour qui nous prend on ?!


Voici une petite liste des promesses et autres idées fausses de l'euro...à vous de juger :

* promesse de l'euro en 1992 : le retour de la croissance et du plein-emploi... est-il nécessaire de commenter ? depuis cette date, croissance en berne, inférieure à 2% presque tous les ans, chômage stabilisé aux alentours de 10%, le plein-emploi est bien loin...


* l'euro fera (fait) jeu égal avec le dollar : à la fois une promesse et une belle idée fausse... en réalité, tous les analystes le savent, l'euro est systématiquement à la remorque du dollar. Quand la banque centrale américaine (le Fed) juge qu'une mesure est bonne pour l'économie des Etats-Unis, elle mène la politique monétaire adéquate, ce qui s'est traduit aux premiers temps de la monnaie unique par une forte dépréciation de l'euro puis depuis quelques années par une hausse catastrophique de ce même euro. Il s'agit ni plus ni moins d'une dépréciation compétitive du dollar, orchestrée par la Fed dans le seul but de relancer et de soutenir la croissance américaine. La BCE est bien incapable de mener une politique identique et n'a pas les moyens de riposter du fait de son indépendance sacralisée, ce qui prouve très clairement son immense impuissance et le mythe absolu que représente l'idée d'une égalité euro/dollar...

L'euro n'a pas, non plus, concurrencé de façon significative le dollar dans les échanges internationaux. Son rôle n'a pas dépassé celui de l'ensemble des monnaies qu'il a remplacées : mark, franc, lire, peseta et quelques autres.

* l'euro est un bouclier contre les crises internationales : cela en devient presque risible...la crise économique a touché la zone euro de plein fouet, elle est même plus aiguë dans les pays européens partageant l'euro que dans les autres. La crise boursière a elle-aussi secoué la zone euro. L'euro n'est pas et ne peut pas être un bouclier parce qu'il n'est sous-tendu par aucune vision stratégique et aucune politique nationale.


* Mais il y a plus grave : la convergence annoncée entre les conjonctures des pays membres de la zone euro, comme celle de leurs niveaux de prix ou de leurs taux d'inflation , ne s'est nullement produite. Ce qui signifie que la Banque centrale européenne doit appliquer uniformément à toutes ces économies en divergence une politique monétaire unique, inadaptée aux besoins particuliers de chacune. Actuellement, par exemple, la récession en Allemagne et en France appellerait une baisse des taux d'intérêt et une baisse du taux de change, alors que la vigueur de l'expansion en Espagne et un léger regain de l'inflation demanderaient la politique exactement inverse. La BCE ne peut, au mieux, que pratiquer une politique moyenne, qui ne convient ni aux uns ni aux autres.


Pour finir, une petite citation qui date de 1992...

i[" La création de cette monnaie européenne n'aura rien d'automatique […]. En outre, chaque Etat conservera la maîtrise de sa politique budgétaire* et fiscale, dans des limites qui ne seront pas plus étroites que celles d'aujourd'hui. "

Edouard Balladur
29 avril 1992, Le Monde]i


Voir aussi :

"Sortir de l'Euro"

"Le débat sur l'avenir de l'Euro n'est plus tabou", par Christophe Beaudouin

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