L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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De bons Européens



L'un des secrets bien gardés des ouistes c'est qu'ils sont, en réalité, parfaitement divisés dans leurs motivations comme dans leurs intentions. Aussi différents entre eux sinon davantage encore que les nonistes. Examiné d'un peu plus près, le "ouisme" grouille de complexes, de postulats idéologiques et de ressentiments plus ou moins avouables... Petit tour d'horizon des sept familles européistes, par notre ami Edgar.




Européistes : le jeu des 7 familles

Photo : Union nationaliste et identitaire (UNIF)
Photo : Union nationaliste et identitaire (UNIF)

Pour les européens, la cause est entendue : le nonisme est une maladie, qu'il convient d'analyser pour mieux la combattre (sans donc écouter les arguments des nonistes, ces malades à rééduquer). On a donc Reynié qui trouve que les nonistes sentent le social-nationalisme, Minc qui parle de trahison des petites élites, Moscovici ravi de trouver là un "danger de droite" - tout content de se trouver enfin à gauche de quelqu'un...  Tous ces gens, l'oeil rivé au microscope, regardent grouiller le monde noniste et s'efforcent de trouver des remèdes à la prolifération.

J'ai voulu placer moi aussi l'oeil au microscope, et renverser la situation, en regardant un peu ces familles ouistes s'agiter dans leur diversité - car l'un des secrets bien gardés des ouistes c'est qu'ils sont, en réalité, tout aussi divisés que leurs adversaires. Ben, le milieu ouiste, regardé d'un peu près, c'est pas forcément mieux, et ça grouille aussi de sentiments et de ressentiments pas toujours très clairs...

Examinons donc les sept familles ouistes :

- Première famille, les "Occident toujours". Ceux là étaient fachos en 68 et cassaient du rouge, et continuent quarante ans après. Ils sont atlantistes, fans des Etats-Unis, militants d'une OTAN toujours agrandie. Pour cette dernière raison, ils sont prêts à accepter avec joie la Turquie dans l'Union européenne, 80 millions de chair à canon, ça ne se refuse pas. Alain Madelin et Pierre Lellouche iraient bien là dedans ;

- Les anciens maos : après avoir tapé sur la gueule des précédents, ils sont tombés dans leurs bras quarante ans après. Finalement, une adoration commune des Etats-Unis, protecteurs de l'Occident contre le communisme autoritaire, puis l'Islam grondant, les unit dans une même communion. Dany Cohn Bendit se place bien ici, à côté de Glucksmann ou de Barroso (par parenthèse, Barroso après sa période mao, a été formé, à 42 ans, à la Edmund Walsh school of Foreign Service, qui
dixit Wikipedia "a été créée pour fournir aux Etats-Unis les cadres capables d'assurer son rayonnement international. Huit années après il devenait Président de la Commission).

- La famille Europe catholique est gentille. Elle est très contente de cette Europe si charitable qu'elle déverse ses fonds structurels sur des pays qui se dépêchent de mettre leur impôt sur les sociétés à 10%, pour se relever encore plus vite, quitte à provoquer quelques secousses chez les pays donateurs. L'essentiel est d'être charitable et de s'oublier soi-même - quitte à ce que se soit surtout le populo qu'on oublie au passage. La famille Europe catholique a souvent des désaccords avec les Occident, voire les Maos, au sens où elle trouve que les voisins américains sont un peu vulgaires, et que si on pouvait faire un peu plus sans eux, ce serait pas plus mal. Et la gentille famille catholique ne l'est pas au point d'admettre en son sein les voisins turcs, qui comme on le sait, ne sont pas des gens comme nous, les lettons/français/portugais/slovènes... Dans ce camp, on trouve Rémi Brague et son "Europe, la voie romaine", Bayrou, Jouyet, VGE, un grand nombre de polonais adeptes des origines chrétiennes de l'Europe, Sylvie Goulard...

- Les We are the World : ils sont jeunes, contents de faire des études Erasmus et d'abolir les frontières. Ne se sont pas encore rendus compte que
Frontex nous en prépare une de belle de frontière, et que dans sa négociation des accords ACP avec les pays en voie de développement, l'Europe se comporte comme une organisation d'affameurs du peuple. Il faut attendre qu'ils grandissent, ils ne sont pas encore très connus mes We are the World, mais on pourrait y inclure quelqu'un comme le gentil Tony Blair (la variante Sciences-Po des WaW est, en plus, ravie d'avoir, avec l'Europe, de longues heures de cours byzantins à assimiler - la MOC, c'est livré avec combien d'alka-setzer ?) Certains des WaW deviendront nonistes en grandissant, ne désespérons pas.

- Les nazis recyclés* : ceux-là sont ravis d'une Europe qui réhabilite la notion d'ethnie, se dote d'une belle agence
pour inciter les bronzés à rester chez eux, et s'assied sur le résultat des élections en une sorte d'incendie du Reichstag modernisé. En plus l'Europe affaiblit les nations et redécouvre ses régions, ce qui permet d'opposer  Flamands et Wallons, Cht'is contre parisiens, bientôt basques contre castillans, bretons contre francs etc... Un vrai festival identitaire permanent, comme ils les aiment. L'Europe est pour eux un avenir de rêve et ils aiment à se souvenir de l'affection qu'avait Robert Schumann pour Otto Strasser, ce nazi de la première heure, adepte d'une Europe des régions. A l'extrême droite, on va trouver Bruno Mégret, qui se veut partisan d'une Europe puissance...

- Les On m'la fera pas deux fois : ceux là ont eu des parents communistes, ou socialistes, et leur rêve s'est effondré en 1989, après avoir été ébranlé en 1983 avec le tournant de la rigueur. Comme ils ont conservé de leur éducation un profond besoin de croire, et qu'on leur a dit que le communisme c'est fini, ils sont bien décidés à ne pas se faire voler leur idéal une deuxième fois. Ils défendront l'Europe même après que le dernier Barroso sera parti prendre sa retraite en Floride. Ca c'est un peu ma famille d'origine, je les aime bien, mais parfois ce sont les pires idéologues de la chose, comme nombre de nouveaux convertis (je vois bien Quatremer là dedans, genre plus converti au libéralisme que moi tu meurs).

- Les Mencheviks, ou les malgré-nous : ceux-là sont de la grande famille des nonistes, au fond de leur coeur. Mais ça leur paraît quand même gênant d'être confondus avec les agités du nonisme et de ne plus être conviés aux réceptions de l'ambassadeur (on pourrait les appeler les "rochers Ferrero ?"...) Ils sont donc juste à la frontière, mais côté oui, on ne sait jamais. C'est le marais du ouisme, celui dont l'évolution décidera du futur de ce projet délétère. On peut mettre ici Hubert Védrine comme archétype du Menchevik à gauche, ou François Fillon à droite.


 *


Voilà. Bref compte rendu de ce qui s'agite sous mon microscope. Ces gens-là ne sont pas plus unis que la famille noniste, et quoique moins nombreux, ils sont mieux placés. Les possibles dérives de leurs idéaux sont tout aussi nombreuses que celles que l'on pointe à l'envi chez les nonistes, et leur grand dessein européen pas toujours dépourvu d'arrières-pensées inquiétantes.

Ami ouiste, choisis en tout cas, grâce à cette carte, ta famille. Comme d'habitude, l'exercice comporte une part d'arbitraire, et tu peux te retrouver dans plusieurs familles sus-citées, ou avoir été oublié. En attendant, ne désespère pas, sache bien qu'il y a à ta maladie, dans chacune de ses variantes, des médications adaptées.

Toi aussi, tu retrouveras la lumière et le droit chemin de l'unité démocratique, républicaine et internationale (car comment faire de l'internationalisme sans nations ?...) Les sept familles nonistes te tendent les bras !


Edgar
La lettre volée


* La photo ci-contre présente les jolies productions de la boutique de l'union nationaliste et identitaire française, sections du Var et Loire. Je vous laisse trouver le site de ces sympathiques européens. Non content de vendre des T-shirts européens, ils organisent des stages de boxe de et de close combat. Espèrons que la Commission leur offrira des subventions...

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