L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE APRES LE NON, PORTAIL DE L'EUROREALISME

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Samedi 04 Juillet 2009
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Avant de voter, relisons De Gaulle

La constitution européenne parachève la tragédie européiste que redoutait l'Homme du 18 juin


"A quelle profondeur d'illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d'être elles-mêmes et n'en plus former qu'une seule ?"



Avant de voter, relisons De Gaulle

Ainsi commencée, la mise en œuvre du Marché commun va donner lieu à un vaste déploiement d'activités, non seulement techniques, mais aussi diplomatiques.

En effet, l'opération, indépendamment de sa très grande portée économique, se trouve enveloppée d'intentions politiques caractérisées et qui tendent à empêcher la France de disposer d'elle-même.

C'est pourquoi, tandis que la Communauté se bâtira dans les faits, je serai, à plusieurs reprises, amené à intervenir pour repousser les menaces qui pèsent sur notre cause.

La première tient à l'équivoque originelle de l'institution.

Celle-ci vise-t-elle – ce qui serait déjà beaucoup ! – à l'harmonisation des intérêts pratiques des six Etats, à leur solidarité économique vis-à-vis de l'extérieur et, si possible, à leur concertation dans l'action internationale ?

Ou bien est-elle destinée à réaliser la fusion totale de leurs économies et de leurs politiques respectives afin qu'ils disparaissent en une entité unique ayant son Gouvernement, son Parlement, ses lois, et qui régira à tous égards ses sujets d'origine française, allemande, italienne, hollandaise, belge ou luxembourgeoise, devenus des concitoyens au sein de la patrie artificielle qu'aura enfantée la cervelle des technocrates ?

Il va de soi que, faute de goût pour les chimères, je fais mienne la première conception .

Mais la seconde porte tous les espoirs et toutes les illusions de l'école supranationale.

Pour ces champions de l'intégration, l' « exécutif » européen existe déjà bel et bien : c'est la Commission de la Communauté économique, formée, il est vrai, de personnalités désignées par les six Etats, mais qui, cela fait, ne dépend d'eux à aucun égard.

A entendre le chœur de ceux qui veulent que l'Europe soit une fédération, quoique sans fédérateur, l'autorité, l'initiative, le contrôle, le budget, apanages d'un gouvernement, doivent désormais appartenir, dans l'ordre économique, à ce chœur d'experts, y compris – ce qui peut être indéfiniment extensif – au point de vue des rapports avec les pays étrangers.

Quant aux ministres « nationaux », dont on ne peut encore se passer pour l'application, il n'est que de les convoquer périodiquement à Bruxelles, où ils recevront dans le domaine de leur spécialité les instructions de la Commission.

D'autre part, les mêmes créateurs de mythes veulent faire voir dans l'Assemblée, réunissant à Strasbourg des députés et des sénateurs délégués par les Chambres des pays membres, un « Parlement européen », lequel n'a, sans doute, aucun pouvoir effectif, mais qui donne à l' « exécutif » de Bruxelles une apparence de responsabilité démocratique

A quelle profondeur d'illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d'être elles-mêmes et n'en plus former qu'une seule ?

A quelles vues sommaires répond la comparaison, souvent brandie par des naïfs, entre ce que l'Europe devrait faire et ce qu'ont fait les Etats-Unis, alors que ceux-ci furent créés, eux, à partir de rien, sur une terre nouvelle, par des flots successifs de colons déracinés?

Pour les Six, en particulier, comment imaginer que leurs buts extérieurs leur deviennent soudain commun, alors que leur origine, leur situation, leur ambition, sont très différentes ? .


Extrait des "Mémoires d'Espoir", Plon, 1970




Tout a été dit ou écrit sur l'ambition européenne du Général de Gaulle. Celui qui a réconcilié la France et l'Allemagne aurait-il signé les Traités de Maästricht, d'Amsterdam et la Constitution européenne ? Il y a de sérieuses raisons d'en douter. De Gaulle n'obéissait à aucune idéologie, pas plus l'idéologie européiste qu'une autre. En pragmatique qu'il n'a cessé d'être toute sa vie, il était en revanche animé par des principes et des valeurs, régulièrement exprimés dans ses écrits, ses discours et son action politique. En particulier sur l'Europe, nul ne peut sérieusement se réclamer du gaullisme, sans avoir relu ce que le Général écrivît, au soir de sa vie.

Cet extrait des "Mémoires d'Espoir" décrit très exactement ce qu'est devenue l'Union européenne dans les années 1990-2000. L'Europe de de Gaulle ou celle de Monnet obéissent à des postulats opposés : la première veut partir des réalités nationales européennes pour les faire agir de concert dans une Union ; la seconde espère "la fin des nations" pour bâtir un super-Etat.

Lors du virage supranational du Traité de Maastricht, la classe politique française a curieusement opté pour Monnet contre de Gaulle. Aujourd'hui, avec ou sans constitution européenne, la machine européiste s'emballe et grâce à la Cour de Luxembourg en particulier, elle absorbe en catimini les compétences des Etats, aggravant la crise de représentativité des élus, les opinions ayant compris que le Pouvoir avait lâché le pouvoir. 

CB



Vendredi 11 Mars 2005

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